« L’arête onirique »
L’obscurité a englouti tous les reliefs. Elle rend le bruit de nos pas, qui, parvenu à la rimaye, remonte les pentes qui mènent à la fameuse « Bosse ». Ravies, nous la trouvons en neige, et désormais, nous nous extirpons peu à peu de la nuit. Nous voilà à la brèche où commence la traversée de l’arête Forbes. Tout est là : un ciel d’azur, le granit flamboyant quand l’horizon empourpré accouche enfin du soleil… instants oniriques, quand le soleil, enfin, caresse le visage.
L’échauffement nocturne derrière nous, le petit déjeuner depuis longtemps digéré, la journée ne fait que commencer ! Mais le plus beau reste à venir : escalade, désescalade, contournement de gendarmes, recherche du meilleur itinéraire, petits rappels, manœuvres de corde, entre ciel et terre, lignes de fuite et perspectives aussi spectaculaires que magnifiques sur les sommets les plus prestigieux du massif du mont Blanc.
Un régal pour les yeux, un délice gestuel. La concentration est de mise pourtant, qui dérobe de la conscience toute sensation du temps qui passe. La fatigue s’insinue tranquillement. Enfin c’est le sommet. Il se mérite. Mais nous le savourerons plus tard ; déjà il faut s’affairer pour descendre. Il fut une époque, pas si lointaine que cela, où le Chardonnet était un sommet neigeux. Que néni aujourd’hui ! Rocher et mixte nous attendent pour atteindre le couloir raide au bout duquel on posera un premier rappel. Il faut redescendre de notre nuage !