Escalade
06.04.2017

Siurana: en quête de hauteur

Nous sommes partis à Siurana avec Mateusz Haladaj et Marie Da Silva pour partager une journée exceptionnelle ; ce Grand jour qui compte dans la vie des sportifs, celui que l'on recherche et que, parfois, on redoute. Pour eux, cette force qui les pousse vers les sommets est leur raison d’être, leur métier et leur passion.
Mateusz est un jeune architecte d’une trentaine d’année. Sa discipline principale est l’escalade de difficulté. Il essaie de concilier son travail et sa passion qui l’amène à beaucoup voyager. Depuis 10 ans, il se rend en Espagne deux fois par an, où il séjourne deux à trois mois, principalement pour collectionner les croix. Selon lui, la Catalogne est la meilleure destination au monde pour tous ceux qui veulent se confronter aux voies extrêmes. Vous avez l’embarras du choix tellement il y a des voies dans le 8 ou 9, les cotations les plus dures aujourd’hui. Mateusz a invité Marie Da Silva, grimpeuse du team Millet à le rejoindre, pour lui faire découvrir les falaises de Siurana et lui raconter comment il a sorti son dernier 9a+ « first ley », 3 jours auparavant. Il lui explique que c’est une variante de la voie « first round, first minute» : un 9b mythique. « J’ai choisi cet objectif parce que j’ai toujours rêvé de grimper ces concrétions calcaires disgracieuses, appelés aussi tufs, qui existent uniquement dans cette partie de la voie. Cette ligne courte et intense, exige des mouvements physiques sauvages, des prises de main en pince, des crochets talon et des blocages de genou. Tout ce que j’aime. Elle exige une maitrise absolue de tous les mouvements et une coordination parfaite de tout le corps. Ce style est l’un de mes préférés. » .
 
 
 

 

 
 
LE GRAND JOUR
Le 31 mars 2016, Mateusz a prévu de travailler une partie de la soirée comme il le fait souvent. Les conditions sont parfaites et il sait que ce sera une bonne session. Quelques jours plus tôt, il a réussi l’enchaînement des mouvements dans la partie la plus compliquée de son projet en 9a+. A sa grande surprise, il a glissé sur les derniers mouvements sous les points d’ancrage. Il sait qu’il est prêt désormais à enchaîner cette voie. Les conditions sont bonnes. Néanmoins, être sur le point de réussir une voie d’un tel niveau peut mettre une pression énorme et vous faire passer à côté de votre objectif. Avec des amis, il commence à grimper en fin d’après-midi. Un petit vent venant du sud balaye le secteur de Laboratori. Pas besoin de se presser. En cette période de l’année, Mateusz sait que la meilleure fenêtre d’adhérence est entre 19 heures et 20 heures. Comme d’habitude, il s’échauffe dans les premières longueurs de la voie et ainsi prend la température du rocher.
 
«Peu importe de réussir ou pas, il faut continuer à s’élever»
matos
 

 

 
Tout semble bien se passer, comme les autres fois. Mais est-ce le bon jour ? Est-ce qu’il s’est assez reposé ? Est que la partie supérieure sera à nouveau glissante? Ce genre de questions peut vous réveiller la nuit et vous rendre fou, si vous butez sur un point dur. C’est pour cette raison que de nombreux grimpeurs ne vont pas au bout des projets longs, où tout est incertain. Même quand on est au top de sa forme physique, une simple pluie peut tout anéantir… Cette journée est différente. Mateusz se sent bien. Il prend énormément de plaisir à grimper dans cette voie qu’il trouve magnifique. Peu importe de réussir ou pas, il faut continuer à s’élever. « Une fois de plus, je réussis à passer le début à travers des mouvements dynamiques. J’enchaîne avec un coincement de genou vraiment douloureux, juste avant le crux, le point le plus difficile de la voie, puis je m’élève dans le secteur principal grâce à 6 prises de main en pince. Cette fois, l’adhérence est bonne et me sauve. Je monte la section suivante solide comme jamais. Dans de tels moments, le corps et l’esprit ne font qu’un. Il n’y a pas de temps pour réfléchir, tout se passe si vite. Après cette partie la plus périlleuse, je passe à la partie supérieure en pompant sans hésitation. Clipper le dernier mousqueton au sommet d’une telle voie, après une ascension aussi difficile, est un instant magique que je n’oublierai jamais. L’immense satisfaction finale est une belle récompense pour toute l’énergie et le temps investi dans ce projet.»
 
 
 

 

L'ESCALADE SELON MARIE DA SILVA
Etudiante en ostéopathie, Marie Da Silva est une grimpeuse passionnée, de la falaise au bloc en passant par l'indoor. C'est également une compétitrice dans l'âme qui donne tout dans l'instant présent. Sa satisfaction est à ce prix.
Marie Da Silva Siurana
 

 

 
INTERVIEW
+ COMMENT ES-TU VENUE À L’ESCALADE ?
J’ai démarré l’escalade en classe de 5ème. Je grimpais tous les mercredis en salle et le samedi en falaise. J’ai découvert que j’étais plus à l’aise que certains adultes. Avec la force que j’avais développée au judo pendant toutes ces années, j’avais des facilités. J’ai finalement arrêté le judo. Et l’escalade est devenue le centre de mes activités sportives.
+ QU’EST-CE QUE TU AIMES DANS LA GRIMPE ?
Ce que j’aime, c’est vider mes batteries, me mettre le fight, arriver à évacuer les choses personnelles. Cela me semble plus naturel de se combattre contre soi-même, contrairement au judo. Aller au bout de mes peur s, engager, tomber… Mon grand plaisir en escalade, c’est la falaise, et la vue différente sur le monde qu’elle apporte, le calme aussi. Cela me fait réfléchir et m’apaise beaucoup. Pour moi, la paroi symbolise la frontière entre le calme de la nature extérieure et les tourbillons de ma nature intérieure.
+ QUELLE EST TON APPROCHE DE L’ACTIVITÉ ?
Grimper c’est ludique, ce n’est jamais pareil. J’adore voir plein de choses et je souhaite ne jamais pouvoir m’en lasser. Jamais la même histoire, une implication différente sur chaque voie. J’ai du mal à répéter les gestes. C’est rare que je travaille les mouvements dans une voie. Au contraire j’aime découvrir l’enchainement. Si ça passe, je veux que ce soit instinctif. Je vais m’organiser, aller au bout de moi-même jusqu’à la chute. C’est comme en compétition, tu n’as pas le droit de réessayer un segment.
+ QUE SIGNIFIE « RISE UP » POUR TOI ?
Pour moi, ça veut dire ne jamais abandonner : à cœur vaillant, rien d’impossible. Dans chaque évènement triste, il a des éléments positifs. Il y a tellement de beaux moments qui valent le coup. Ne rien lâcher, toujours aller de l’avant. Aller aux limites de ce que l’on peut faire, se surpasser dans l’effort comme en grimpe. Dans la vie, c’est grandir avec les gens que l’on rencontre, s’enrichir de chaque instant pour évoluer, progresser.
 

 

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