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Phillipe Batoux Stéphane Brosse Christian Trommsdorff Jordi Corominas François Damilano Daniel Du Lac Chloé Graftiaux Gerhard Schaar Osku Siivonen

Alpinisme, escalade, ski, freeride.
 

Philippe Batoux

Né le 17 Novembre 1970
Vit à Annecy, Haute-Savoie, France

Guide de haute montagne, professeur à l’ENSA et alpiniste hors pair, Philippe est un globetrotter qui ne cesse de tester les produits Millet. Accro à la verticalité, sa prédilection va au terrain mixte extrême. Un mélange de glace et de rocher faisant appel à toutes les techniques d’escalade en rocher, en glace et d’artif.


Philippe Batoux

CV Sportif


Cascade de glace

Découverte du site de cascade de la Giettaz : Nant de l’enfer, Yan Borgnet. 1ères ascensions de 11 nouvelles voies entre 1 et 3 longueurs. Janvier 2010.

Découverte du site de cascade de Compote : face ouest du Trélod, Bauges, Yan Borgnet. 1ères ascensions de 5 nouvelles voies entre 1 et 6 longueurs. Février 2010.

Sea and Ice trip mars 2009 : Alpes de Lyngen. Découverte d’une dizaine de cascades dont la face Nord du Støvelen (V 5+ M5+ 850 m.) directement au dessus du fjord.

Alpinisme

Ouverture d’ « Homéostasie verticale » avec Dod et Ludovic Seifert, IV 6+ M5 400 m.

Ouvertures de lignes de mixte à Very, Megève février 2009M6 à M11.

Ouverture du Flocon de Koch avec Lionel Daudet, vallée de Fressinière, février 2009, IV 5+ M6 A2 400 m.

Traversée de la Géorgie du Sud par les sommets, novembre 2007 février 2008 avec Lionel Daudet et Manu Cauchy emmené en bateau par Isabelle Autissier.

Trois nouvelles voies dans les Grandes Jorasses : « A lei » fev 03, « Heidi » en mars 05, et "Little big men" en mars 06.

Yosemite: 9 voies dans El capitan : « reticent wall » A5 moderne ! « Sea of dreams »,, « Pacific Ocean Wall », « The Nose », « The Shield » « west face » “magic Mushroom” “Sunkist” “east buttress”.

Face ouest des Dru répétition et fin de la voie Lafaille en février 04 (Guillaume Avrisani et Christophe Dumarest).

Mont Blanc, hypercouloir du brouillerd en solo, 19 mars 2003, en 5 heures.

Ascension en dry tooling du couloir Nord diretct des Dru avec Jeff Mercier, difficultés jusqu’à M8+.

Vietnam escalade dans la Baie d’Along , exploration et équipement octobre 2000.

Première ascension de la cascade du Pas du Roc 300m VI, 6+/7.

Première ascension de la sorcière blanche au Fer à Cheval, V, 6+, 400 m

Auteur du topo de cascade de glace : « du Leman au Mont Blanc » coécrit avec Ludovic Seiffert aux Editions JME. Un ouvrage exhaustif sur les cascades de glace de Haute Savoie.

Il participe au film « les Amants des Dru » un documentaire de 52’ sur la face ouest des Dru. Une production Sevendoc, réalisation Bertrand Delapierre.

Autres films : The love boat de Bruno Peyronnet 2009 ; la sorcière blanche de Bertrand Delapierre 2007.

Interview


Quelles sont tes 3 plus belles réalisations ?

Reticent wall El Capitan; Little big men Face est des Grandes Jorasses; Hypercouloir du brouillard au Mont Blanc en solo hivernal

Et en dehors de la montagne ?

Ma fille Sophie...

Avec qui préfères-tu grimper ?

Guillaume Avrisani et Lionel Daudet

Ton plus beau moment en montagne ?

Lorsque je suis arrive au sommet du Cerro Torre, alors que j’étais dans la dernière longueur, la fameuse longueur Bridwell, deux condors sont venus nous rendre visite. Ils sont restés en vol stationnaire à quelques mètres au dessus de nos têtes. Une rencontre magique avec ces oiseaux gigantesques au sommet d’une des plus belles montagnes de la terre !

Et le pire...?

C’était à Very à coté de Megève. Je voulais gravir un fin freestanding : une trentaine de metres de haut pour 10 cm de diametre à la base. Alors que j’étais à une dizaine de mètres de haut la cascade s’est cassée entre mes deux piolets. Je suis resté une demi seconde pendu sur le piolet puis la cascade s’est à nouveau cassée au dessus. Je me suis réveillé dans la neige. Je ne savais pas où j’étais ni ce que je faisais là. Le bilan ne fut pas trop grave : cote cassée, entorses multiple et traumatisme crânien. Un mois et demi plus tard je regrimpais à nouveau ; mais avec une certaine méfiance pour les freestandings pendant quelques années.

Comment vois tu l’évolution de l’escalade, de l’alpinisme ou du ski d'alpinisme dans les prochaines années ?

La technologie a changé l’alpinisme. Le routage météo est devenu un atout. Le routeur est maintenant le troisième de cordée : il nous aide à prendre des décisions. Lors de l’ascension du Mont Paget en Géorgie du sud, nous sommes partis pour une voie de 2000 mètres alors qu’il neigeait de gros flocons. Le routeur nous avait annoncé une mer de nuages, nous sommes partis dans le doute et nous avons effectivement traversé la mer de nuages et trouvé un magnifique soleil au dessus. Il est clair que sans routage météo nous n’aurions pas osé nous engager dans cette voie. Pour les régions avec de courts créneaux météo le routage permet d’anticiper les créneaux de beau temps et de partir en fin de perturbation ; on peut ainsi profiter de l’intégralité du créneau météo.

Internet a aussi modifié les comportements. Lorsqu’une course est annoncée sur un site internet en bonne condition des dizaines de cordées vont se précipiter sur l’itinéraire. Certaines lignes deviennent plus facile : marches dans la glace, ajout de pitons… augmentant encore la sur fréquentation. Et tout cela occasionne finalement des accidents.

D’un coté étique, je regrette que nombre d’alpinistes et de grimpeurs ne respectent pas la montagne et ne se soucient pas de ce qu’ont réalisé leurs prédécesseurs.

Notre société, et ce, peut être plus en France qu’en Espagne ou aux USA, encense l’aventure mais refuse la prise de risque. Les falaises françaises ont été équipées en goujons et scellements même dans les endroits où la pose de protection était évidente. Quelle tristesse de perdre la richesse de l’escalade où l’on doit gérer non seulement sa gestuelle mais aussi sa protection.

Quelques voies de montagne suivent le même chemin. Des guides ont équipé des arêtes faciles en invoquant la sécurité de leurs clients. Cette tendance semblait ne pas atteindre les USA mais depuis quelque temps, au nom de l’escalade libre, de nombreux goujons sont apparus dans des parois telle El Capitan. Des « libérateurs » ont perforé le rocher pour mettre des goujons dans des itinéraires historiques comme Jolly Roger, Magic Mushroom ou flight of Albatross. Quel non respect pour les ouvreurs qui ont repoussé leurs limites et atteint des sommets d’expertise dans leur domaine. Et ce qui me déprime encore plus est la taille des prises et le fait que cela ne choque personne. Le Nose n’aurait pas été gravi en libre sans les prises taillées de la « Jardine’s traverse ». Le granite du Yosemite est beaucoup plus fragile que celui du massif du Mont Blanc. « Triple crack », la longueur clef du Shield, a été ouverte avec 35 rurps. Les trous se sont agrandis et on a du placer ensuite des copper heads, puis des pitons et maintenant on peut placer des aliens jaunes. De l’A5 d’ouverture on est passé à A2…

Je suis aussi étonné par le retour au style himalayen, tellement décrié, par les « libérateurs ». Certains grimpeurs vont fixer intégralement de grands itinéraires classiques. Imaginez que vous rêvez d’aller parcourir un grand itinéraire classique et qu’arrivé au pied il est intégralement fixé avec des portaledges tous les 5 relais… C’est irrespectueux des autres grimpeurs en total désaccord avec l’évolution de l’alpinisme.

Le problème de tout temps de l’alpinisme est que les performances ne sont pas quantifiables. En athlétisme c’est simple, le chronomètre valide les performances. En alpinisme la valeur de l’ascension est donnée par le récit qu’en font les alpinistes. Et cela ne correspond pas forcément à la difficulté réelle ; des petits malins ont bien compris ce système et n’hésitent pas à valoriser outrageusement leurs performances. Tout cela nuit à l’alpinisme. A terme les escrocs sont démasqués ; les grands média qui ont déjà du mal à comprendre l’alpinisme moderne où la performance n’est plus dans la réussite du sommet mais dans la manière de l’atteindre, sont complètement perdus et ne parlent plus d’alpinisme que lors de catastrophes.

Quel est ton implication avec le bureau d’études Millet et dans le développement produit en général ?

L’évolution de l’alpinisme est étroitement liée à l’évolution du matériel et les techniques d’entrainement. Je pense que Riccardo Cassin ou Gaston Rebuffat n’auraient pas pu imaginer No siesta ou Heidi. Le matériel est plus performant, plus sur, plus léger. Nous nous entrainons toute l’année en faisant de l’escalade de la cascade et du mixte. Tout cela nous permet d’envisager de nouvelles lignes là où les générations ne tournaient même pas le regard. Les textiles ont également fait d’immenses progrès ; les vêtements sont plus strech et permettent une plus grande liberté de mouvement, tout en étant plus chaud, plus légers et plus imperméables. Qui voudrait retourner maintenant en face nord de l’Eiger avec un drap de Bonneval et des tricounis ?

Faire évoluer les produits c’est donc faire évoluer l’alpinisme. Tout comme je m’engage en montagne, je m’implique avec les hommes et les femmes du bureau d’étude de Millet autant que je peux dans la création des nouveaux produits.

Qu’est ce que tu aimes faire quand tu n’es pas en montagne ?

J’aime passer du temps avec ma famille ; j’ai une adorable petite fille de 3 ans avec qui je joue autant que mon travail me laisse le temps.

Tes projets pour l’année qui arrive ?

Je pars pour Taghia avec l’Equipe Nationale alpinisme de la FFME la semaine prochaine. L’objectif est d’ouvrir de nouvelles lignes en terrain d’aventure et de répeter les belles lignes ouvertes par Michel Piola Chrstian Ravier et Remi Thivel. Ensuite je travaille à l’ENSA pour l’été ou j’encadre les stages de guide. A l’automne un voyage escalade est prévu mais l’endroit n’est pas arrêté ! L’été 2011 j’aimerais découvrir les cascades de glace de nouvelle Zélande, mais c’est encore loin !

Un mot pour finir...?

Je suis inquiet par les changements climatiques. Les glaciers des Alpes fondent plus vite chaque année. Les voies rocheuses de l’Envers des aiguilles ouvertes dans les années 80 ont gagné une longueur avec le retrait du glacier : soit 30 à 50 mètres en 30 ans : c’est effrayant ! Certaines ne sont plus accessibles car le granite est trop lisse. En Géorgie du Sud notre peau a été brulée par le soleil comme jamais. Quelque temps plus tard, nous avons appris que le trou de la couche d’ozone se situait juste au dessus de nous. Dans massif du Mont Blanc nous avons constaté également une augmentation du nombre de jours de vent violent voir très violent. Ce qui dessèche les faces et finalement le nombre de journées où les voies en neige et glace sont en conditions a très fortement diminué. Les conditions météo changent et jusqu’à présent nous avons toujours su nous adapter ; nous continuerons et cela changera nos pratiques. Dans quelques années il est probable qu’on vienne dans les Alpes l’hiver pour la neige et la glace, et l’été pour le rocher.

Le niveau en falaise augmentant je pense que l’alpinisme technique va s’orienter vers des voies extrêmes en mixte et en rocher en altitude, avec je l’espère un recours minimal au pitons à expansion. A l’heure actuelle aucun alpiniste ne s’est entrainé dès son plus jeune âge tel un athlète de niveau olympique. Uli Steck est le premier a s’entrainer comme un sportif de haut niveau et il signe de magnifiques performances en Himalaya et dans les Alpes. Si les fédérations d’alpinisme créent de véritables équipes avec des entraineurs, un suivi des athlètes comme dans les sports olympiques, nous assisterons à une nouvelle ère de l’alpinisme avec des réalisations que nous n’imaginons pas aujourd’hui.

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Retrouvez Philippe Batoux sur son site web.

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Découvrez son ouvrage du Leman au Mont Blanc, coécrit avec Ludovic Seiffert, Editions JME. Un ouvrage exhaustif sur les cascades de glace de Haute Savoie.

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