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Cracktrip Episode IV: Streaked Wall, Zion National Park
Suite du périple de Philippe Batoux aux US, dans les différents Parcs Nationaux pour grimper. Aujourd'hui Philippe nous raconte par le menu l'escalade du Streaked Wall, dans le Zion National Park, une destination à la mode en ce moment pour la grimpe!
"Zion est un massif de grès au sud de l’Utah, à 2 heures au nord-est de Las Vegas. C’est un parc national abritant des milliers de voies. L’ambiance est plus montagne que falaise avec des descentes compliquées et du rocher parfois fragile. Le grès est très tendre surtout dans les zones les plus claires. Il est recouvert d’une croute foncée dure plus ou moins épaisse et en dessous c’est du sable.
Notre projet est de répéter la voie « Tale of the scorpion » dans le Streaked Wall, ouverte en 1990 par Dave Webster, Rick Nelson et Jeff Mayhew. Selon les guides locaux, la paroi n’aurait été parcourue qu’une vingtaine de fois, et nous sommes les premiers cette année. Ils nous disent de prendre un tamponnoir car les rivets en place dans la dernière longueur seraient en piteux état.

Le Streaked Wall est un mur déversant d’environ 600 mètres de hauteur et 400 de large. Un socle de 200 mètres mène à une vire : la Rubicon Ledge. Au-dessus de la vire le mur est constamment déversant et parfaitement lisse, garantissant un engagement certain. Il est très difficile de descendre dès que les cordes ne touchent plus la vire. Seules 4 fissures le rayent, le traversant en ascendance de gauche à droite.
Les deux premiers jours sont consacrés à hisser tout le matériel sur la vire ; un travail pénible avec une végétation hostile et très piquante, et toujours la crainte de croiser le chemin d’un serpent à sonnette. Une aiguille de cactus de 2 cm restera pour toujours dans le mollet de Jonathan !

Au-dessus de la vire, la ligne emprunte une fissure (la deuxième en partant de la gauche) de 400 mètres, traversant la paroi de gauche à droite. De part et d’autre le mur est totalement lisse : pas une prise, pas une fissure ! En grès, encore plus qu’en granite les lignes sont pures ; les fissures sont parfaites, façonnées à la règle.
Les premiers pitonnages surprennent ; il faut frapper pour coincer le piton mais pas trop. Sinon tout le grès autour s’effondre et se transforme en sable. Parfois un seul coup de trop et le piton s’éjecte. De part cette fragilité du rocher, les pitons sont plus gros qu’en granite à difficulté égale, mais leur solidité me laisse souvent perplexe. Les aliens, par contre semblent bien se caler dans les trous de pitons, le sable donne l’impression de bien résister à la pression des cames. Longueur après longueur nous nous habituons à ce rocher si particulier et la progression devient plus fluide.

Le relais du premier bivouac n’est pas équipé pour installer un portaledge : un goujon et deux cornières frappées dans un trou. Je décide de rajouter un goujon de 8mm. Je perce le trou en 3 minutes ; incroyable, il en faut 10 d’habitude ! J’enfonce le goujon à la main et le ressort de même. Aie. Ça ne marche pas. J’ai une mèche de 10, je décide d’agrandir le trou en tournant la mèche dedans et cela marche… Je frappe doucement un goujon de 10 mm. Il semble tenir, je le serre très doucement ne sentant pas d’expansion se déclencher. J’installe le ledge dessus ; il tiendra toute la nuit. Mais cela m’interpelle ; les relais sont-ils capable de retenir un facteur 2 ???
Le vide se creuse chaque jour. La difficulté rencontrée varie non pas selon la largeur de la fissure mais selon la dureté du grès. La fissure disparaît une longueur et demie sous le sommet. Les ouvreurs ont foré des trous et l’on passe sur crochet ou avec des cornières frappées dans les trous.
La voie se termine, sans transition sur un plateau de grès, entre deux dunes de sable pétrifiées. En quelques secondes on passe d’un univers déversant à une plateforme horizontale. Le premier réflexe est de quitter le harnais, marcher sur du plat, sans avoir à réfléchir pour s’assurer. C’est enivrant ! Une petite oasis clairsemée de pins nous offre un dernier bivouac de rêve."

Pendant tout son trip aux Etats-Unis, Philippe Batoux a porté les nouveaux chaussons Millet Yalla; le résultat a l'air concluant!