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Découvrez le récit de Yann, heureux lauréat des MXP de retour du Spitzberg

"Le 31 mai c'est l'envol depuis Charles De Gaulle, avec bien sûr, une grève des aiguilleurs du ciel comme d'habitude, donc plus d'une heure de retard... Escale à Oslo et à partir de ce point l'avion prend un cap plein nord. Atterrissage à minuit au Svalbard avec un magnifique soleil venant du Nord Est, bienvenu au pays du jour éternel! Durant trois jours je prends mes marques dans la petite ville minière de Longyearbyen, complète mes vivres, récupère mes autorisations, loue le fusil, tente d'acheter des cartouches à blanc de chasse pour l'alarme ours et là je me heurte à un obstacle administratif, n'étant pas chasseur je ne peux acheter ce type de munition même à blanc (C'est le paradoxe, j'ai le droit d'avoir un fusil avec des munitions de 30-06, une arme de guerre, mais pas des munitions de chasse??) Finalement grâce à l'intervention de l'ajointe au Gouverneur on me prête gracieusement ces munitions, comme çà l'honneur est sauf, on ne laisse pas partir le petit français sans protection ours et on n’enfreint pas la loi en lui vendant des munitions de chasse...

Pour mon premier jour de navigation j'ai du mal à trouver un endroit qui me plait pour planter mon camp, finalement je vais parcourir 28kms alors que je suis parti à 18h30, cela me fait débarquer à 1h du matin, mais dans un paysage magnifique au milieu des rennes.

Mon deuxième jour sera plus court, je ne souhaite pas traverser l'Isfjorden dans la foulée et la météo est annoncée meilleure pour le lendemain... Je profite donc de cette courte journée pour poser ma tente près de la base russe d'hélicoptère qui dessert la colonie Slave de Barentsburg. Les deux techniciens de garde n'en reviennent pas de voir déboucher quelqu'un de la falaise bordant la mer, malgré la surprise, ils sont adorables et proposent de me conduire jusqu'à la mine distante de 5kms afin de faire rencontrer quelqu'un qui parle anglais et ainsi me présenter leur petite ville, bienvenu en URSS 40 ans en arrière, dépaysement total...
Grand jour, c'est la traversée de l'Isfjorden, 15kms de mer, face à la mer du Groenland, mer calme et peu de courant, un temps idéal. Après avoir franchi le cap Scania, j'entame une magnifique remontée plein nord entre l'ile du Prince Karl et le Spitzberg, le premier jour je me fais avoir par une houle qui m'écarte de la côte à 2km/h, puis je prends rapidement l'habitude de corriger cette dérive, ma progression se fait en compagnie des pétrels, goélands et guillemots. Je commence à prendre l'habitude pour le montage du camp, mais il me faut généralement trois heures, dont ½ heure pour régler la barrière anti-ours (fil tirant sur une goupille afin de percuter une cartouche à blanc et ainsi surprendre l'ours et en même temps me prévenir), la tente Nemo en revanche se monte rapidement, mais j'essaie de m'installer loin de la côte et en hauteur afin de ne pas être sur le passage d'un potentiel ours, mais cela implique du transport depuis mon kayak. Les 6-7 premiers jours je n'arrive pas à ingurgiter le régime que je me suis préparé, pourtant que des bonnes choses, Toblerone, nougat de Montélimar, pâte d'amande bio de la Drôme, Jerky beef, noix de cajou et les soir du Beaufort et un plat lyophilisé Trek’n’eat.
J'essaie de faire coïncider mes départs et arrivées avec la marée haute afin de ne pas avoir trop à tirer mon kayak sur la plage. Puis je choisi le jour avec le courant de marée le plus faible pour franchir la pointe Sarstangen, il n'y a que 4 à 5 mètres de fond et les courants peuvent y être violents, on l'appelait la passe des capitaines fous, car il fallait ne pas avoir toute sa tête pour risquer son bateau là au temps des baleiniers... le vent du nord s'étant levé, je rencontre quand même une petite houle contraire dans ce passage et décide d'accoster peu de temps après, avant que les vagues ne soient trop importantes et me mouillent trop lors de mon accostage, camp surréaliste au milieu de troncs d'arbres sur une ile n'ayant jamais connue de forêt, ils proviennent de la Sibérie via la dérive transpolaire. Je me rapproche petit à petit de Ny Alesund et du 79ème parallèle, cela fait 7 jours que je suis parti et la météo a été plutôt clémente, mais le 8ème jour, il pleut et surtout un vent de Nord-ouest donc venant du large crée de grosse vague, je ne suis pas motivé pour me faire tremper dès le départ dans une eau proche de 0° et surtout batailler contre le vent puisque pour passer le Cap Kvadehuken qui va m'ouvrir au Kongsfjorden, je vais naviguer vers l'ouest donc je m'accorde un jour de repos.

Le lendemain je croise une colonie de phoques, une vingtaine, en passant le cap, ils sont très curieux, limite à vouloir monter sur le kayak. Puis c'est l'arrivée à la base polaire de Ny Alesund, j'essaie de m'y faire discret, car les « touristes » n'y sont pas les bienvenus. Je vais planter ma tente à 1km du village scientifique sur l'emplacement réservé à cet effet, l'endroit est magnifique et offre une vue imprenable sur les immenses glaciers du fond du fjord. Comme La Malouine (le petit brigantin) a eu une avarie elle ne sera pas avant mi-juillet dans le Nord-ouest, je revois donc mes plans en diminuant le côté challenge, je sais que je n'aurais pas matériellement le temps d'arriver au 80ème parallèle et de faire le chemin en sens inverse, donc j'augmente le côté exploration en partant à la découverte du Kongsfjorden dans sa totalité. Le fond de cet immense fjord est magnifique avec le glacier du Couronnement qui y vêle ses icebergs au milieu d'énormes détonations. Après avoir entraperçu à nouveau un rorqual, je pars à la recherche des anciens baraquements du CNRS de la base Corbel, je les découvre avec une équipe de l'Institut Paul Émile Victor qui est entrain de la restaurer afin d'en faire une base polaire 0 émission. Scène surréaliste d'un compatriote qui leur livre du Beaufort et du nougat en kayak depuis Longyearbyen... Cela fait du bien de s'immerger à nouveau dans la convivialité, la discussion, les fous rire et manger assis à une table, même si la base n'est pas chauffée, cela s'appelle du luxe en arctique.
Le lendemain, je traverse le Kongsfjorden et dans la foulée, je poursuis jusqu'au Cap Mitra, c'est la porte de l'océan arctique. J'aperçois mon premier bateau de croisière, le MS Fram je crois... Je retrouve encore plus de bois flotté, de grandes rivières se jettent dans la mer. Je ne croise presque plus de rennes, mais quotidiennement j'ai un ou deux phoques qui me suivent durant des heures, c'est évident je les intrigue. Je commence à avoir des problèmes pour anticiper le choix de mon prochain camp car sur cette côte nord-ouest, les rives sont souvent des falaises mais j'arrive souvent à trouver une petite crique, souvent proche d'un déboucher de glacier ce qui m'assure un magnifique paysage. Heureusement que Steven du groupe Katadyn m'a convaincu de prendre du Micropur car je trouve rarement une petite source à proximité de ma tente et je prends de l'eau de fonte qui stagne en grandes nappes un peu partout et avec les milliers d'oiseaux qui y trainent dedans il est préférable de désinfecter. Il va bientôt falloir que je fasse demi-tour si je veux revenir à temps à Ny Alesund pour trouver un moyen de transport. Je décide de ne pas franchir le glacier Sjette et ne pas aller jusqu'au Fjord Madeleine, la météo annonce un fort vent d'ouest pour le lendemain et je ne peux pas me permettre de planter la tente dans un espace ouvert vers le large et avec un glacier dans mon dos qui peut créer des accélérations du vent, j'ai repéré quelques heures plus tôt une petite baie protégée où je pourrais mettre le kayak et la tente en sécurité. Le vent est en effet au rendez-vous avec une forte houle, je reste donc tranquillement à l'abri sur terre. Le retour est plus difficile que l'aller, je dois lutter contre un vent de sud qui m'empêche de faire des pauses car 5 minutes d'arrêt me font reculer de 100m. Le passage du cap Mitra se fait dans une mer plus agitée qu'à l'aller, mais au moins la houle me pousse vers la côte et je ne risque pas de me retrouver en pleine mer. Une fois revenu dans le Kongsfjorden je peux prendre mon temps, normalement la traversée vers Ny Alesund devrait n'être qu'une formalité. Je pars donc à la découverte du Krossfjorden et du glacier de Lilliehook qui offre une langue glacière de 8kms dans la mer. Je commence à croiser plus de bateaux de croisière, apparemment la saison a commencé...

Il y a beaucoup de macareux moine dans ce fjord, c'est leur refuge, mais ils sont assez craintifs et difficiles à prendre en photo. A l'approche, ils préfèrent plonger, car ils ont beaucoup de mal à s'envoler, ils en sont même comiques car ils retombent plusieurs fois à l'eau avant de décoller. Mon aventure touche à sa fin, je dois traverser le fjord afin d'aller récupérer le moyen de transport que j'ai trouvé à Ny Alesund et qui va me ramener à Longyearbyen, mon kayak sera récupéré durant l'été par La Malouine. Il fallait bien que cela m'arrive une fois durant mon voyage, je me fait surprendre par un vent catabatique venant du fond du fjord, 10-11m/s, certes il y a beaucoup plus fort mais je ne m'attendais pas à çà et si j'abandonne cela me pousse droit vers le large et non sur une des rives du fjord, j'arrive à accoster sur une petite ile afin de mieux me préparer, je remets mon gilet de flottaison et vérifie que le port de Ny Alesund est bien sur le canal 16 de ma VHF et c'est parti pour 6,5kms de tempête, je mettrais 2h30 pour les faire, par moment ma vitesse réelle était de 1km/h...
Je repasse sous la barre des 79° et pose pour la dernière fois mon kayak sur la plage de Ny Alesund...
Ces 19 jours de mer et un peu plus de 400kms m'auront fait découvrir une nature sauvage et très riche en faune, des milliers d'oiseaux m'auront accompagné durant ces navigations, les vêtements Millet m'auront fidèlement réchauffé le soir, j'aurais pu vivre cette sensation ambivalente d'être seul au monde sur des centaines de kilomètres dans la zone du Sun où aucun navire ne peut passer, j'aurais profité d'un jour permanent me faisant vivre de façon totalement décalé par moment. Bref, une découverte de soi et de paysages arctiques inoubliables et irremplaçables."
Yann