Jean-Christophe Lafaille

Jean-Christophe Lafaille 1965 Gap (F)
2006 Makalu (Népal)

“ Être le jouet des évènements ou les précipiter ? ”

De petit gabarit, souvent moqué, Jean-Christophe Lafaille n’était pas heureux à l’école. Son échappatoire était à portée de regard, juste aux portes du Lycée : la falaise de Ceüse. Il se mit à s’user les doigts sur le calcaire sculpté, à grimper de manière compulsive. Entre deux parties de pêche dans les belles rivières des Hautes-Alpes, il finit par s’affranchir de la corde et réalise en solo intégral l’impressionnant Privilège du serpent – 7 c+ – en solo intégral.

Jean-Chri était un pur grimpeur.

Nourri des récits des conquêtes alpines, Jean-Christophe Lafaille se tourne vers le massif du Mont-Blanc. Pour devenir guide de haute montagne, pour se frotter au granite et à la glace de ses idoles. Grand admirateur de Walter Bonatti, c’est dans l’alpinisme solitaire qu’il s’affirme. À l’orée des années 1990, l’émulation est forte dans le milieu de l’alpinisme qui voit surgir une nouvelle génération. Le haut niveau impose deux codes : le solo et le cumul des ascensions – les enchainements.

Jean-Christophe Lafaille Jean-Christophe Lafaille Jean-Christophe Lafaille
Une réalisation

2002, arête est de l’Annapurna (8 091 m, Népal).

un livre

Je vous écris de là-haut.
Éditions Guérin-Paulsen, 2019.

Un film

Survivre à l’Annapurna. Christophe Raylat, 2012

Lafaille joue sa partition en parcourant seul des voies de références comme Divine providence ou la Gabarrou-Sylvie. Conforté sur son potentiel, il pimente ses aventures : pour l’ouverture de nouveaux itinéraires, se sera en solo et en hiver. Au Grand Pilier d’Angle et sur le Pilier du Frêney, il enchaine deux ouvertures en cinq jours; sur l’éperon Croz, il trace deux lignes à quelques années d’intervalle; dans la face ouest des Drus, il signe un itinéraire audacieux considéré comme l’un des plus extrêmes en escalade artificielle.
Jean-Chri était un sacré alpiniste.

Jean-Christophe Lafaille découvre l’Himalaya à l’invitation de Pierre Beghin, la référence de l’himalayisme français. Le duo s’engage en style alpin dans l’immense face sud de l’Annapurna (8 091 m). La tempête surprend les deux hommes haut sur la montagne. C’est la retraite forcée vers leur petite tente de paroi. Un ancrage de rappel s’arrache et Pierre Beghin disparait sous les yeux horrifiés de Lafaille. Malgré la sidération et le manque d’équipement, Lafaille réussit à redescendre la paroi seul. Une épopée de cinq jours de survie qui assoit sa légende.

Le novice a vu le maitre tomber. Souffrant d'une forme de culpabilité, terrifié à l’idée de grimper à nouveau, Jean-Christophe Lafaille ne se délivrera de l’Annapurna que dix années plus tard en réussissant l’inimaginable traversée de l’arête est.

Avec acharnement et brio, il enchaine alors les réussites sur les plus hauts sommets de la Terre. Il entre finalement dans le challenge des 14 x 8 000 – aucun Français n’a encore réussi le grand chelem. L’exigence ne faiblit pas pour autant : solos, ouvertures, cumuls de sommet, période hivernale.

Jean-Chri était un himalayiste déterminé.

Jusqu’à disparaitre au Makalu (8 463 m) dans une tentative de solo hivernal qui aurait été son douzième 8 000.

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Texte : François Damilano
Images : ©Millet