10.11.2021

4Mil82 où l’ascension des 82 « 4000 mètres » des Alpes sans remontées mécaniques

4mil82, c’est le projet porté par Jordane PETIT LIENARD et son guide Frédéric BREHE. L’envie de gravir en alpinisme les 82 sommets de plus de 4000m des Alpes - ou les 82 sommets les plus hauts d’Europe occidentale - sans remontées mécaniques. Cette collection est pour certains le projet d’une vie entière. Jordane PETIT LIENARD et Frédéric BREHE ont décidé de ne pas forcément les enchaîner frénétiquement, mais en ont déjà pourtant gravi 70 en 15 mois !

Ces sommets sont répartis sur huit massifs et trois pays (France, Italie et Suisse). Hé non, il n’y en a pas en Autriche comme beaucoup le pensent !

Lagginhorn - 4010 m

Le projet 4mil82

Le projet a germé en haut de la Dent d’Hérens, au petit matin, alors qu’arrivés au sommet, un rideau de nuages s’est levé sur le Cervin en même temps que beaucoup de sommets de 4000 mètres. Fred, en guide averti, devance la question de Jordane et commence à énumérer leurs noms. Il y en a tellement. Elle commence à rêver des futures ascensions. A quel rythme pourraient-ils les faire ? Sont-ils tous accessibles par des non professionnels ? Fred sans savoir que Jordane rêve déjà de tous les gravir la rassure déjà sur leur faisabilité. Avec un peu d’expérience et d’entraînement, ils sont tous abordables.

Quelques mois plus tard, après un entraînement physique rigoureux pour Jordane, un confinement désespérant, un peu de logistique, ils partent à l’assaut de leurs premiers sommets. Ils sont en forme et la cordée fonctionne bien. Jordane compense son manque de technique par une bonne endurance et s’efforce d’apprendre et de faciliter les manipulations. Rapidement ils se répartissent les tâches. Fred assure la sécurité et l’orientation, Jordane la survie (barres de chocolat, gâteaux au chocolat, carrés de chocolat). Ils enchaînent plusieurs sommets dans la journée lorsque cela est possible… Et s’émerveillent à chaque fois !

Entretien avec Jordane Petit Lienard, alpiniste amateure éclairée :

Des appréhensions avant de commencer l’ascension des 82 sommets de plus de 4000 mètres des Alpes ?
J’avais deux peurs. La première était le froid. J’avais une peur bleue de ne pas supporter les nuits en bivouac, les journées dans le vent et les gelures. Après avoir vécu neuf ans en Asie du Sud-Est, j’appréhendais ces écarts de température. Heureusement, j’ai compris qu’avec le bon équipement, on ne risque pas grand-chose.
Ma deuxième peur était de me lasser après une quarantaine de sommets. Aujourd’hui ma vraie peur est de voir que je n’ai absolument pas envie que ce projet s’arrête. On ne peut pas se lasser du sublime. Il vous prend et vous transforme. C’est inévitable. Et je n’ai pas trouvé d’égal à cette discipline.

Un souvenir époustouflant ?
Il y en a plein mais pour n’en citer qu’un : la traversée Rochefort-Jorasses de cet été 2021, où après seize heures de course depuis le refuge Torino, nous accrochons nos affaires sur la paroi, sortons notre duvet, mangeons un gobelet de pâtes mais surtout regardons le coucher du soleil sur une des plus belles arêtes des Alpes. J’avais retrouvé un regard d’enfant, je vivais un moment de profonde plénitude, j’aurais voulu qu’il ne s’arrête jamais.

Un souvenir qui fait peur ?
La Jungfrau, cet été 2021. Nous redescendons du sommet où le vent soufflait vraiment très fort. Une cordée avait fait demi-tour plus bas. Le ciel s’était refermé sur nous. Quelques centaines de mètres plus loin nous devons passer sous une barre de séracs. Nous avançons prudemment lorsque l’on entend une coulée de neige se déclencher au-dessus de nous. Fred me crie de me plaquer contre la paroi tout en plantant son piolet d’un mouvement puissant. Je tente de protéger mon dos et mon cou. On laisse passer la coulée à quelques mètres de nous. Fred me crie de ne pas bouger. J’ai peur mais je dois garder de l’énergie. Il va falloir sortir de cette position inconfortable. Je me prépare à sprinter. Ca coule encore légèrement. C’est le moment. On court en faisant attention de ne pas prendre nos crampons dans la corde ou dans nos pantalons. On arrive sur un éperon moins exposé. C’est terminé. On reprend notre souffle. Fred plus vite que moi. Il en a vu d’autres.

Dom de Mischabel

Quelques soucis ?
Au Piz Bernina, je me rends compte au refuge que je n’ai pas pris les bons crampons. Au refuge du Schreckhorn, je me souviens que Fred arrive avec une rage de dents.
Pour l’ascension des Aiguilles du Diable, nous n’avions plus de place en refuge, nous avons donc dormi sur le glacier.
À la pointe Giordani, Fred avait oublié ses peaux de phoques… Bien sûr, dans n’importe quel projet au long cours, il y a des oublis, des loupés, des grains de sable… Mais dans l’ensemble et compte tenu du contexte sanitaire, nous avons eu beaucoup de chance et avons été plutôt rigoureux dans nos préparatifs.

Piz Bernina

Être une femme en montagne ?
Je dirais que plus cela se complique et moins il y a de femmes en montagne. Je ne me l’explique pas totalement. Les femmes sont tout aussi capables que les hommes. Elles ont un rapport poids/puissance et une endurance excellents. Pendant 150 ans, l’alpinisme a été culturellement une discipline masculine, même si cela est en train de changer. Et pourtant, je ne me suis jamais sentie mal considérée ou dénigrée pour mon genre, en refuge ou en montagne. Mon projet étonne davantage les citadins qui ne connaissent pas la montagne et imaginent cet environnement très dur et impressionnant, a fortiori pour une femme. On me pose souvent des questions que l’on ne demanderait jamais à un homme. Est-ce que Fred a un sac plus lourd que le mien ? Est-ce que cela ne perturbe pas trop ma vie de famille ? Combien de jours je peux passer en montagne sans me laver… Tout cela me fait beaucoup rire et parfois… me fait sortir de mes gonds. Et pour ne répondre qu’à une seule de ces questions, Fred vous dira que, moi vivante, il n’aura jamais à porter mon sac.

En savoir plus sur le projet 4Mil82

Gross & Hinter Fischerhorn