17.12.2018

Au delà de la routine

Andres Beregovich, photographe Outdoor et proche collaborateur de Millet, réside à Munich. Quiconque a déjà arpenté les souterrains du métro de la capitale bavaroise a croisé des Munichois en tenue de ski. À travers son récit et son travail photographique, Andres nous éclaire un peu plus sur ces étonnants skieurs urbains.

Rien que les implications du mot me font peur. Pourtant, nous avons tous besoin de nos différentes routines. Nous sommes des animaux d’habitude et – en conséquence – il est très difficile pour nous de vivre sans ces séquences régulières et machinales, parfois même ennuyeuses. Le concept est si équivoque qu’il peut aussi bien nous aider à réaliser nos plus grands rêves que nous entraîner dans le plus profond des abîmes. Certains s’opposeront à un certain type de routine – comme celles en rapport avec le travail — tandis que d’autres s’en créeront des spécifiques, celles dans lesquelles il faut persévérer pour atteindre un objectif. Avec le temps, souvent, on finit par comprendre tout simplement qu’il vaut mieux accepter qu’on oscille entre les ‘mauvaises’ et les ‘bonnes’ routines.
Nous continuons à essayer de nous élever. , nous cherchons à nous améliorer, à viser l’excellence. C’est dans le sens de ‘fréquence’ que je souhaite amener le concept de surpassement de la routine. Et pour cela, expliquer comment je suis parvenu à déjouer la mauvaise routine en m’efforçant d’en créer des bonnes.

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Tout commence par un objectif. Souvent, l’histoire se déroule sous nos yeux en même temps qu’elle montre la voie vers une compréhension plus profonde de comment progresser. Comment s’élever jusqu’à un niveau personnel supérieur et – donc — grandir. Une routine (d’après la définition) ne sert pas forcément à progresser et donc, sans but, elle n’a pas de valeur.

Le défi

Tout grimpeur s’épanouit – qu’on le veuille ou pas — dans les situations périlleuses. On apprend en se fourrant au beau milieu d’une situation risquée, d’un défi auto-imposé ; on apprend parce qu’on est appelé à faire nos preuves dans les conditions les plus difficiles. Mais ces circonstances sont – pour la plupart — planifiées avec soin. Choisies. Acceptées. Jamais aléatoires.
Il y a quelques mois, mon partenaire d’escalade et moi avons décidé qu’il était temps de faire connaissance avec l’hiver écossais. Si la montagne vous tient à cœur, vous savez déjà que l’escalade en Écosse, en hiver, c’est une invitation à en baver. C’est froid, c’est humide, et s’y frotter comporte de longues approches qui requièrent un état mental différent et, surtout, des routines spécifiques.

«une routine sans but n’a pas de valeur»
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De toutes les compétences indispensables dans cet environnement, l’approche de l’ascension est souvent négligée, alors qu’elle peut faire la différence entre une mission réussie et un retour la queue entre les jambes. On a décidé que le ski de randonnée était un élément crucial de notre programme d’entraînement (entendre : un tas de routines amassées en guise d’un soi-disant programme). Mais trouver le temps et l’endroit pour le faire, tout en ayant un boulot classique de 9 à 5, était quelque chose qui exigeait de s’élever sans concession au-dessus de la routine du quotidien.
Déterminés et motivés par le fait que se lancer dans l’aventure sans cette compétence fondamentale risquait de nous coûter cher, nous avons décidé de presser au maximum chaque journée.

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A 5 heures du matin L’alarme du réveil brise le silence du sommeil . Trois fois par semaine. Après un petit-déjeuner rapide et léger (café et bretzel, normalement), j’enfile ma tenue pour traîner ma mine enfarinée dans le train. Peu importe… mon objectif est plus grand, je compte être à la hauteur.

5 h 30 : Rendez-vous à la gare centrale, où nous prenons le tout premier train en direction des montagnes. Il est pratiquement vide sauf pour quelques lève-tôt avec un long trajet vers quelque part. Certainement pas vers le même endroit que nous...

A 6 h 30 Mes jambes tremblent de sommeil et le froid me transperce dès la sortie de la rame, puisque je porte une ténue légère. Je me répète : « Ça ira mieux quand on commencera à bouger. L’Écosse sera bien pire. Allez, en mouvement ! »

Vers 7 h 00 Nous marchons déjà à bonne allure sur la neige, de plus en plus vite, nos muscles s’ajustent, on scrute nos sensations pour trouver la bonne cadence, nous n’avons pas toute la journée : il faut être au boulot impérativement à 9 heures 30.

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«nous n’avons pas toute la journée : il faut être au boulot impérativement à 9 heures 30.»
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il est 7 h 45 et j’ai l’impression qu’on pourrait faire frire un œuf sur mes quadriceps, ma respiration est lourde, je sens l’air glacé transpercer mes poumons. On y est presque.

8 h 00 - 750 mètres de dénivelé positif plus loin, nous faisons un mini-break (pas plus de 3 minutes) - je n’ai presque plus de force dans les jambes, juste ce qu’il faut pour savourer les délicieux instants de glisse bien mérités auxquels on a droit pour le rejoindre la gare. À la descente, on vole. La douleur se transforme en état de grâce. Je fais un petit somme inconfortable dans le train, prends une douche rapide de 2 minutes et, toujours au même rythme trépidant, j’ouvre mon sac à dos et enfile un peu hébété ma « tenue de grande personne». Je suis prêt à commencer la routine de la journée, parce que je me suis déjà bien élevé au-dessus.

Andres Beregovich
Millet Rise Up Collective

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