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30.09.2016

Deux ouvertures majeures au Pérou pour le GMHM

Les membres du GMHM (Groupe Militaire de Haute Montagne) reviennent des Andes péruviennes où ils ont relevés le défi d’ouvrir la face Est, encore vierge, du Siula Grande (6344m) ainsi que la face nord du Puscanturpa Este (5442m) toutes deux situées dans la cordillère Huayhuash. L’expédition s’est annoncée très périlleuse, l’objectif principal est de pouvoir ouvrir des parois techniques en haute altitude.
L'expédition démarre au camp de base situé à la Laguna Siula à 4330m d'altitude. Le GMHM décide de se diviser en deux équipes, la première grimpera la face Est du Siula Grande et la seconde fera une nouvelle ligne en face Nord du Puscanturpa Este.
 
 

 

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La première équipe composée du Caporal Max Bonniot et du Capitaine Didier Jourdain débute le mardi 16 août avec l’observation de la face qu’ils ont surnommés « le bruit des glaçons » en référence au camp de base, bercé par les nombreuses chutes de séracs. Ce repérage est essentiel et fait apparaitre de nouvelles possibilités au groupe mais également des impasses. L’expédition commence le dimanche 21 août et tout de suite les premières incertitudes quant à la verticalité du pilier apparaissent. Le pitonnage peut commencer mais la météo commence à être instable. Il faut déjà entamer un retour au camp.
 
Mercredi 24 août, l'ascension peut reprendre et le groupe se retrouve au sommet de la "casquette", cette vaste étendue de neige et de glace qui surplombait Max et Didier jusqu'alors. Le premier bivouac peut enfin s'installer. 
 
«Le lendemain, les difficultés reprennent»
 

 

 
Le lendemain, les difficultés concernant l'ascension reprennent et les doutes concernant l'itinéraire surgissent. Ce sera donc la ligne droite et raide au-dessus, l'idée étant de repérer les moindres faiblesses de la paroi car le GMHM n'a pas emporté de spits, c'est-à-dire des pitons à expansion, aussi il va falloir choisir le passage le plus simple, mais faut-il encore le trouver. La chance vient pourtant sourire au groupe car le pitonnage est aisé et le temps relativement clément. L'apparition d'une petite plateforme sur l'arête fera office de bivouac pour la nuit, l'emplacement est précaire mais opportun !
 
L'escalade de l'aiguille rocheuse se poursuit jusqu'au vendredi matin et après 750m d'escalade le sommet rocheux pointe son nez à 5700m. La deuxième ascension peut enfin débuter et elle commence aux portes de la grande arête Sud Est du Siula Grande, ce sommet alors inconnu du grand public mais qui avait été rendu célèbre grâce à l'expédition de Joe Simpson et Simon Yates en 1985, relatée dans l'ouvrage "La Mort Suspendue".
 

Mais la chance est au rendez-vous et la météo encore clémente. Une perturbation est annoncée pour le lendemain, il est donc primordial de rejoindre le sommet avant son arrivée.  

 

«La progression s’avère de plus en plus physique et la fatigue commence à apparaitre»

 

 

Le GMHM poursuit son ascension mais l’effort vient d’augmenter d’un cran : les deux grimpeurs s’engagent dans les pentes de neige et de glace raides qui composent la vaste arête Sud Est. La progression s’avère de plus en plus physique et la fatigue commence à apparaitre pour nos grimpeurs. En même temps, la nuit s’installe progressivement et l’apparition d’un bivouac taillé dans une crevasse, perchée à 6200m annonce la fin d’une belle journée d’alpinisme !

 

 
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5h le lendemain, il faut se dépêcher ! Les précipitations doivent arriver dans la soirée pourtant le soleil est radieux et la Croix du Sud brille comme jamais. Le sommet est proche. C’est aux alentours de huit heures que le Caporal et le Capitainel atteignent les 6344m. L’euphorie est là et le panorama est idyllique sur cette face encore inexplorée. C’est après le rituel de la pause thé que le groupe s’engage dans la descente par une succession de rappels le long de l’arête de glace.

 

Premier succès pour le GMHM qui vient d'ouvrir un itinéraire rocheux à 6000m d'altitude !

 

Tandis que le second groupe composé du Caporal Antoine Bletton, du Sergent-chef Cyril Duchêne, de Dimitry Munoz et de l’Adjudant Arnaud Bayol s’apprête à gravir la face nord du Puscanturpa Este, les premières questions commencent à surgir quand le groupe se retrouve au pied du mur : « combien de mètres de cordes ? Combien de pitons ? Combien de temps pour atteindre le sommet ? » Mais surtout: par où passer ?
 

Le premier contact visuel est très impressionnant et les 200 premiers mètres vont être très raides.

 

 

Le but de cette expédition est de pouvoir ouvrir un itinéraire en escalade artificielle et d’essayer de le libérer à une altitude assez élevée.
 
L’ascension débute le 15 aout avec l’établissement du camp de base à « Seruacocha » à 4818m (altitude équivalente au Mont Blanc) puis les 15 jours qui suivent furent marqués par la même routine c’est-à-dire 1h d’approche dans la moraine et les éboulis pour arriver au pied de la face. Remonter les cordes fixes en place, trouver un itinéraire pour une escalade artificielle et préparer la voie pour une future escalade libre. Tout le monde s’accorde pour un seul et même objectif : apprivoiser cette face encore vierge et les quatre grimpeurs ne sont pas au bout de leurs peines comme nous raconte Arnaud lors de la phase d’ouverture en artificielle :
 

 

 
Durant toute l’acclimatation je n’ai eu de cesse de me répéter « vivement qu’on soit au pied du Puscanturpa et qu’on commence à taper sur des pitons. »
 

 

 
" Je ne croyais pas si bien dire ! Le piton s’est révélé être le pire ennemi des orgues basaltiques. Ces pièces hexagonales larges de plus d’ 1m et longues de 10 à 30m propageaient les ondes de chaque coup de marteau jusqu’à l’assureur pétrifié. Les pitons d’acier dur que nous avons par la suite soigneusement évités, faisaient travailler la roche comme le coin qui cherche à fendre le bois. Mais ces fissures souvent bouchées, ne nous laissaient que peu de choix, le repos mental venait du bon friend ou du crochet ! Au plus fort de la tension, nous avons passés 4h pour gagner 15m…
Mais ce que je retiens de tout cela, c’est la manière avec laquelle on apprivoise une face vierge. D’abord l’incertitude totale, puis l’appréhension du rocher neuf, enfin au fil des jours comme des ouvriers déterminés nous comprenons la matière, la logique des fissures, les détours de la ligne de faiblesse. Au bout de 10 jours nous sommes heureux de regarder cette belle ligne que la nature nous a laissé réaliser. Avec le temps, c’est peut être cette face vierge qui nous a apprivoisé… "
 
Au bout du 8ème jour d’ouverture dans le mur, les cordes statistiques sont posées jusqu’au pied du bastion terminal et c’est vers 14h que les quatre grimpeurs finissent par atteindre le sommet et sa vue panoramique. Le groupe profite de ce moment privilégié mais il ne faut pas tarder à redescendre et se reposer au camp de base, le plus gros reste à venir c’est-à-dire l’enchainement en libre de toutes les longueurs !
Au lendemain, l’ascension reprends et les 4 grimpeurs fonctionnent comme une seule cordée, les premières longueurs sont entre 6b et 6c, et la 5ème longueur, celle qui aura pris 2 jours en escalade artificielle est finalement libérée à 7b, ce qui confirme le caractère de la voie.
 
Cyril explique que le travail en libre des longueurs est très important et qu’au minimum 2 grimpeurs enchainent la même longueur pour confirmer la cotation.
 

 

«Second succès pour le GMHM qui ouvre une face vierge du Puscanturpa Este !»
 

 

 
La seconde expédition est également un succès et l'objectif est atteint : le GMHM a ouvert une nouvelle voie dans cette face vierge du Puscanturpa Este et en plus de ça, ont réussi à grimper en escalade libre toutes les longueurs.
 

Le GMGH rentre de ses deux expéditions comblé. Au-delà du côté sportif qui a été d’ouvrir un itinéraire rocheux particulièrement technique en haute altitude, il y a également l’aventure humaine d’un groupe qui a su se faire confiance et compter sur les uns et les autres lorsqu’ils étaient suspendus dans le vide. Encore une belle aventure humaine ! 

 

Le Gmhm s’est d’ores et déjà envolé pour une nouvelle expédition en style alpin vers la chaine himalayenne avec le Nangpai Gosum en ligne de mire, un sommet encore vierge de 7296 m. À suivre !

 

Pour en savoir plus, consultez le site du GMHM.

 

 

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