03.04.2018

Ice trips européens pour Symon Welfringer

Au terme d’un hiver où les amateurs de cascade de glace ont été servi, Symon Welfringer revient sur 2 voyages qui ont marqués ses 6 derniers mois.
«L’Écosse a plus d’un secret bien gardé.»
Glencoe-01
 

 


Du fait de sa complexité et de sa variété, la pratique de l’alpinisme s’est développée selon des visions différentes. On entend ainsi souvent parler d’Andinisme, d’Hymalayisme ou encore de Vosginisme. Toutes ses pratiques partagent de nombreuses similitudes mais leur vision des montagnes est bien différente, ces différences sont essentiellement dues au fait que les montagnes proposent des reliefs bien divers tout autour de notre planète. De ce fait, on ne gravit pas de la même manière le K2 et le Ballon des Vosges. De ces différences, plusieurs cultures de la montagne se sont développées, l’escalade sur les montagnes d’Ecosse en est une.
Loch Ness, Ben Nevis, pluies ininterrompues pendant plusieurs semaines : tous ces mots résonnent comme une ode à l’aventure. Avec mon compagnon de cordée Pierrick Fine, nous décidons donc de mettre le Cap vers le Nord en nous ajoutant la contrainte d’être en totale autonomie une fois sur place. C’est donc avec Bob, un beau camion récemment aménagé que nous nous apprêtons à faire les 2000km de bitume à qualité variable qui nous sépare de Fort William, le Chamonix Ecossais.
Les deux jours de voiture presque sans arrêt nous ont bien usés mais nous nous devons de profiter sans tarder des conditions qui paraissent bonnes (des bonnes conditions écossaises sous entendent un vent inférieur à 80km/h et moins de 20cm de neige fraiche en 24h). Un secteur bien raide proche de Glencoe nous semble idéal pour notre introduction au sport national.
Glencoe - 02

L’affutage des lames de piolets n’est ici guère utile. En effet, les heures d’escalade passées à racler la paroi verticale recouverte intégralement de givre, à donner des grands coups de piolets dans les mottes de terre ou dans ces mauvais coinceurs pour les faire rentrer au fond des fissures locales, mettent à mal le minutieux travail de la lime.

La difficulté principale de l’escalade écossaise est le placement de protection, ce fameux givre typique qui se dépose sur les moindres recoins de rocher rend l’usage des friends impossible. Il faut donc apprendre à manier des outils plus exotiques comme les coinceurs tricams et excentriques. Nous passons donc plusieurs jours autour de Glencoe, où nous réussissons à faire deux belles voies plutôt typées mixtes allant jusqu’à un niveau Scottish 8 ce qui correspond chez nous à quelque chose entre le M7 et M8.
 

 


L’étape suivante se déroule sur le sommet de Grande-Bretagne, le fameux Ben Nevis. Cette montagne a plutôt l’air d’une immense muraille entrecoupée de belles Gully (pentes de neige plus ou moins raides).

Il y en a pour tous les gouts et nous décidons de partir sur une voie plus en glace que les premiers jours, Hadrian’s Wall. De la glace en quantité, sorbet à souhait, après une journée presque ensoleillée (il y en a en moyenne deux dans l’année, c’est vous dire la joie des grimpeurs aux alentours, un peu comme s’ils avaient enfin croisés le Loch Ness en fait), nous sommes comblés !


La fin du séjour est plus compliquée, nous décidons de tenter notre chance dans la fameuse ligne de The Secret. Après avoir regardé une dizaine de fois la vidéo d’un trip de 2010 pour bien caler les méthodes, nous sommes confiants.
Mais la neige a rempli la belle fissure et ayant oublié l’aspirateur en France, progresser dans cette longueur est devenu un réel casse-tête. Après une tentative d’artif sur excentriques et crochets à glace dans le but de nettoyer tout ça, nous nous rendons à l’évidence : l’Ecosse a plus d’un secret bien gardé.

 

 


Kandersteg : le temple Suisse
Après ce périple humide, je rejoins l’Equipe Nationale d’Alpinisme de la FFME dans la Mecque de la glace suisse, Kandersteg.
Les conditions sont excellentes cette année et l’arrivée dans cette vallée où des glaçons pendent à chaque de rue me fait vite oublier la fatigue écossaise. Je suis remonté à bloc pour profiter de ces trois jours de stage.
Nous commençons par une ligne qui allie rocher et glace : Bück Dich. Cette voie consiste en un mur de glace bien raide entre grade 5 et 6. En son centre, le mur devient déversant et laisse apparaitre deux belles longueurs de mixte en M7. La première est une traversée sur quelques centimètres de glace sur de mauvais pitons. La seconde, une fissure pour se rétablir sur un cigare de glace qui pendouille. Une journée bien complète qui nous met dans l’ambiance démente de Kander, le temple Suisse.

Le lendemain, le risque d’avalanches est conséquent, nous devons donc nous éloigner des plus grosses cascades qui canalisent les coulées. On se sent un peu frustré mais nous allons finalement en collectif dans une super voie tr-s variée au nom évocateur : « Reise ins Reich der Eiswerge », le voyage au royaume des Nains de glaces.
C’est donc 6 petits nains qui se suivent dans cette ligne alternant belles longueurs de glace et passage plus rocheux, belle dose de rigolade.
Kandersteg - 01
 

 



Pour finir en beauté ce séjour, nous avons la chance de parcourir Flying Circus. C’est un petit rêve de gosse qui se réalise en parcourant cette ligne qui a marquée l’histoire de la glace moderne. Ouverte il y a vingt ans par Robert Jasper, la voie se situe dans une grotte de glace impressionnante où pendent d’énormes stalactites. La grimpe y est très atypique dans la mesure où on alterne entre glace déversante et gros mouvements de dry tooling, le tout sur des protections assez aléatoires.


Finalement, au cours de ces quelques semaines de grimpe, j’ai pu découvrir à quel point l’escalade hivernale était variée, des fissures écossaises aux stalactites suisses, des mauvais coinceurs excentriques au pitons rouillés. Encore une fois, les montagnes m’ont apportés de belles émotions.


Symon Welfringer