20.12.2018

"Quatuor à cordes" L'interview

De retour du Massif du Khumbu au Népal avec une belle ouverture en style alpin à la clef, Aurélien Vaissière et Symon Welfringer nous livrent leurs impressions sur cette ascension.
Quatuoar à cordes : ED 1100m 6a A2 M4+ 80° ( Octobre 2018 S. Welfringer / A. Vaissière / L. Thevenot / A. Cecchini )

Pour ce Premier projet d’expé au-dessus de 6.000 avec une belle ouverture à la clef.
Vous aviez imaginé que ça puisse se dérouler aussi bien avant de partir ?

AV : Avec Symon dans l’équipe, ouais quand même. On s’attendait à un truc surprenant en tout cas. C’était pas le projet de base, on était partis pour la face Nord du Cholatse.

SW : Les conditions en Himalaya à l’automne sont vraiment dépendantes de ce qu’il se passe en juillet août, c’est-à-dire la mousson. Cette année elle a été quasi-inexistante, donc nous nous sommes retrouvés face à des montagnes en octobre comme elles sont en été : très sèches avec peu de glace. L’objectif de base qui était de faire une face Nord en glace et mixte tout le long s’est avéré être impossible au vu des conditions.
Nous étions partis dans cette vallée pour son potentiel global, c’est-à-dire la possibilité de pouvoir rebondir sur un objectif différent, une exposition différente. Du coup on a regardé côté Sud de la vallée pour un objectif en escalade rocheuse. C’est là qu’on a découvert ce pilier et la possibilité d’y ouvrir une voie.

AV : Pour ce qui est de l’altitude, Symon et Antonin avaient déjà une expérience en haute altitude, quasiment jusqu’à 6000. Ils avaient déjà une expérience alors que Laurent et moi non. C’était donc aussi un choix d’opter pour un massif où il y avait des sommets environnants aux alentours des 6.000-6.500 pour pouvoir se tester à cette altitude.

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«Ah en fait c’est pas en conditions » mais personne n’osait le dire.»
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En découvrant la face depuis le camp de base, comment avez vous réagi?

AV : En fait avant le camp de base il y a eu le trekking. On a marché pendant 4 jours et c’était la première fois que nous allions dans cette vallée. Je me souviens très bien qu’on ait vu les montagnes au début avec l’impression qu’il y avait plein de neige. On s’est dit : « Regarde il y a de la neige partout, on va avoir des conditions de malade ! ». On a marché et plus on arrivait vers Dzongla, plus on voyait les faces Nord qui étaient au final très sèches. À 5-10km de différence, ça évoluait pas mal.
En entrant dans cette vallée on a vu les face Nord a on a commencé à tous tirer un peu plus la gueule.

SW : On a mis du temps à comprendre. Il y a d’abord eu la phase où on a vu les faces en se disant : « Ah en fait c’est pas en conditions » mais personne n’osait le dire.

AV : Exactement (rires).

SW : Tout le monde disait : « Bon c’est sûr que c’est pas fou mais par là ça va passer c’est sur ».

AV : C’est quand même Symon le champion car on est arrivé devant la face, en ayant déjà vu les photos plein de fois et c’était censé être majoritairement blanc de neige et de plaquage alors qu’on voyait du caillou partout. Ça faisait vraiment face nord comme on a pu en voir parfois dans les Alpes. Ça ressemblait clairement à une face nord des Jorasses sèche.
Au fond de nous, on savait que ça allait être compliqué mais Symon est resté très optimiste.

SW : En fait, je me suis dit : « Certes ce n’est pas en conditions optimales, ce sera un peu différent et ça prendra plus de temps mais ça va être dément aussi ».
Là où j’ai eu plus de mal, c’est sur le fait de changer d’objectif car le premier que nous avions, qui avait l’air très beau semblait intéressant même en mauvaises conditions. En étant dans un endroit aussi incroyable, avec autant de montagnes dont certaines en bonnes conditions, on s’est dit qu’il valait mieux aller là où c’était bon.

vous avez grimpe en style alpin. Vous pouvez nous redonner la raison, le sens de cette pratique ?

SW : Globalement on fait ce style surtout parce qu’on nous a appris à faire comme ça. On n’a pas vraiment choisi en fait. On a appris la montagne avec d’autres personnes, forcément, et en France globalement les gens font comme ça. On ne voit pas vraiment d’autre manière de faire les choses.

AV : Je pense que le but était aussi d’aller voir comment ça se passe sur ces grosses montagnes. Pour transposer ce qu’on a appris chez nous.

SW : Le style alpin, c’est d’aller grimper ces montagnes sans cordes fixes, sans aller-retour entre les camps comme on peut le voir sur l’Everest par exemple. C’est quelque chose qui se fait énormément là-bas. Bien plus de 50% des gens qui font de la montagne en Himalaya ne le font pas en style alpin, ils tirent sur des cordes fixes.
Ils n’arrivent pas là-bas forcément pour faire de la montagne mais des gens leurs proposent d’aller faire un sommet en leur présentant l’aspect « facile ». Pendant notre séjour, on a croisé personne qui faisait du style alpin.

AV : Globalement, la définition du style alpin c’est d’avoir tout son matériel avec soi, dans son sac à dos. De quoi dormir sur la montagne, manger, etc.

Combien de temps vous avez passé dans la face ?

AV : 1 petite journée pour aller au pied puis 2 journées (12h et 16h) complètes de grimpe dans la face.

SW : On a commencé par étudier la face aux jumelles puis on a apporté le matériel nécessaire au pied. On y a passé la nuit puis on a laissé tout ce qu’il y avait de superflu. On a pris 3 jours de nourriture assez minimaliste, pas de tente, simplement un duvet et un matelas par personne. On était partis pour faire 2 à 3 jours de grimpe. Après la première grosse journée on est arrivés à l’emplacement de bivouac prévu. C’était un peu compliqué de faire de l’eau mais on y est parvenus. Ensuite, on a fait une 2ème très grosse journée pour arriver au sommet, de nuit. On aurait pu faire un second bivouac mais ça nous semblait trop difficile d’un point de vue énergétique. On a donc préféré faire une plus grosse journée et redescendre dans la foulée jusqu’au camp de base.
Finalement la descente était très peu complexe techniquement ce qui nous a permis de redescendre de nuit en étant très fatigués par la voie normale.

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Vous avez eu des moments de doute ?

AV : Je n’ai pas tellement d’éléments de comparaison mais j’ai quand même l’impression que tout a roulé. Par rapport à ce que nous avions repéré depuis le camp de base, on a suivi quasi-exactement ce qu’on avait prévu de suivre.

SW : Heureusement d’ailleurs car on est arrivé face à des longueurs où on est passé en artif’ et on avait plus trop le droit à l’erreur à partir de ce moment-là. On était prêt à le faire mais on s’est rendu un peu plus compte de l’engagement, d’autant plus que c’est quelque chose qu’on fait rarement dans les alpes.

AV : Globalement, on n’a pas eu de moments de doutes.

SW : Moi j’ai un peu douté au moment où on a dû changer d’objectif. Ça s’est très bien déroulé mais à ce moment où tu décides d’abandonner l’objectif principal, tu te dis que tu vas buter, qu’en fait tu ne vas rien faire… Mais on a très bien rebondi.

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«Au regard des longueurs qui ont été faites par chacun, on a tous pu trouver notre place.»
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Quel est votre pire souvenir ?

SW : Moi je sais quel est le pire souvenir d’Aurélien (rire). Quand il a cru qu’il avait perdu ses pieds au bivouac.

AV : C’est pas mal, c’est vrai que j’avais oublié ça !

SW : Dans la voie, au réveil du bivouac il faisait vraiment froid. On dormait avec les chaussons (qui se trouvent dans les chaussures) pour les garder au chaud mais on enlève les coques. Elles gèlent la nuit et le matin on doit les réchauffer avec nos pieds. Il y a donc un moment où tu ne sens plus tes pieds, et c’est pareil pour tout le monde mais certains sont plus sensibles que d’autres à ça. Et là t’as un peu paniqué…

AV : Je n’ai pas transmis trop de stress à l’équipe mais c’est vrai qu’ils étaient en train de préparer le petit déj’ et moi j’étais de mon côté en train de taper des pieds pour les récupérer ! J’hésite quand même avec le moment du vendeur du bol chantant.

SW : Ça c’était en rentrant, on cherchait des cadeaux pour nos proches et on voulait acheter des bols chantants. Et dans l’équipe il y avait vraiment ceux qui voulaient négocier et ça leur tenait vraiment à cœur alors que de l’autre côté, il y avait ceux qui s’en fichaient. Et le vendeur était très coriace mais on a réussi !

Et le meilleur ?

AV : La réussite de notre projet.

SW : Quand on est à 4 la haut, au sommet, avec nos personnalités à chacun. C’est 4 fois plus de bonheur je pense.

Actuellement, quels sont les alpinistes qui vous inspirent ?

AV : Je suis inspiré par Stéphane Benoist, je trouve très inspirant aussi la détermination du gang des moustaches au Nuptse. Je suis inspiré aussi par des gens qui mixent un peu plus les activités comme Antoine Girard par exemple.

SW : Quelques grandes réalisations qui se sont faites en Himalaya ces dernières années l’ont été par des Slovènes. Ce n’est pas toujours très médiatisé en France mais ils ont une vision du style alpin très prononcée et répètent des itinéraires assez impressionnants. Mais je n’ai pas l’impression qu’il y ait eu une énorme progression au cours de ces 10 dernières années en termes d’énormes réalisations. Du coup, mes inspirations peuvent être un peu plus anciennes. Ce qui m’inspire un peu moins, ce sont les gens qui font du solo en Himalaya. J’admire beaucoup ce qu’ils font mais ce n’est pas une source d’inspiration.

Vous venez tous les deux d’équipes jeunes alpinisme ffme et ffcam.
quelle est la meilleure école selon vous ?

AV : Effectivement on sort d’équipes différentes, avec des coachs différents et on leur a tous les 2 demandé des infos de nos côtés tout au long de l’expé.

SW : C’était surtout Damien Tomasi pour l’équipe CAF et Mathieu Maynadier pour la FFME. On essayait tous de s’appuyer sur les messages de nos mentors puisqu’eux, connaissent. C’était un peu la parole divine. Et c’est assez marrant car ils sont aussi très bons copains et ils avaient sûrement un peu le ressenti que ce soit leurs enfants qui partaient en expé.
En tout cas c’est grâce à ces équipes qu’on part en expé maintenant.

AV : C’est là où on te donne les billes pour faire quelque chose. Une fois que tu y es passé, tu gardes un peu ce lien de passation avec les coachs.

SW : Et puis tout le monde ne continue pas forcément après ces équipes. Tout le monde n’est pas forcément motivé pour repartir en expé et je pense que c’est gratifiant pour eux lorsqu’on est motivé pour repartir.

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Vous avez déjà pensé à de nouveaux projets en haute altitude ?

AV : Personnellement, le voyage est aussi l’occasion de parler d’autres projets. Il y a beaucoup de discussions à 4 et c’est naturellement un sujet qui arrive sur la table. Ça peut permettre de construire un projet avec les gens de la même équipe. Pour ma part, j’ai adoré partir avec eux, ça s’est super bien passé et maintenant je vois beaucoup plus clairement ce que chacun peut apporter à un voyage. Et voir ça me donne aussi envie de partir avec d’autres gens pour les découvrir plus profondément, etc. Mais oui, on repartira sur des projets communs avec les 4 de cette équipe c’est sûr.

SW : Je suis globalement d’accord avec ce qu’Aurélien a dit. J’aimerais bien repartir ce Printemps si possible. J’ai vraiment bien aimé l’altitude, bien qu’on ne soit pas allés très haut. J’ai aimé cette idée de devoir s’acclimater et sentir les changements de nos corps au fur et à mesure qu’on montait et je suis donc intéressé pour aller voir un peu plus haut comment ça se passe, sans forcément faire du technique. Pour voir comment je réagis.

Avez vous bien réagi face à la haute altitude ?

SW : Pour le coup on était quand même assez bien tous les 2. Ça ne s’est pas passé exactement pareil pour tous les 4 mais chacun réagit différemment à l’altitude.

AV : On avait des éléments pour réussir, notamment via les coachs des équipes et la mise en application a bien fonctionné.

SW : On été amené à faire du très technique à quasiment 6000m et on était bien. Forcément fatigués mais on s’est acclimaté de manière raisonnable. C’est sûr que c’est une période où tu as l’impression de ne rien faire, tu te dis que tu pourrais aller plus vite et avoir plus de temps pour les vrais objectifs mais on a bien fait.

AV : Si on n’avait pas eu le brief des coaches, on aurait certainement commis des erreurs en voulant partir directement dans le projet. Ces journées d’acclimatation étaient longues mais on s’est rassuré en s’appuyant sur l’expérience des coachs.

Quel était votre programme d’acclimatation ?

AV : On a fait qu’un sommet (le Lobuche par la voie normale). 300m à 400m de dénivelé par jour maximum puis grasse matinée, lecture, faire à manger, faire de l’eau, etc.
C’est vrai que c’est une période où tu ne fais pas grand-chose, tu es dans le contemplatif. Tu n’as pas grand-chose à faire puisque l’objectif est de ne rien faire pour que ton corps s’acclimate. On a passé des journées à regarder le panorama avec une vue superbe sur l’Everest, le Lhotse et la barre du Nuptse.

SW : C’est quand même les plus hauts sommets du monde donc c’est quand même quelque chose.

Symon, quel est la meilleure qualité et le pire défaut d’Aurélien sur une expé ?

SW : Je vais commencer par la qualité. Je pense qu’Aurél est un « collant-pipette » un peu refoulé. Je dis « refoulé » car il s’entraine un peu en cachette ! D’un point de vue sportif, ça a été sa qualité.
Humainement, c’est dur de lui trouver un défaut !
J’ai trouvé le défaut ! À chaque fois que je dormais dans les tentes c’était avec Aurélien. Il est vraiment grand et il prenait toute la place lors des bivouacs. Je pense que c’est quelque chose qu’on prend pas assez en compte dans les expés (rires) ! Je pense qu’Aurélien est trop grand pour la montagne, il faut qu’il trouve un autre sport.

Symon, quel est la meilleure qualité et le pire défaut d’Aurélien sur une expé ?

AV : Le gros point positif de Symon c’est son énergie. Il a un gros niveau technique et il met à profit toute cette énergie pour l’utiliser.
Et son gros défaut, c’est la quantité de nourriture supplémentaire qu’on a du se répartir dans les sacs pour lui ! Je pense que tu as vachement progressé mais c’est vrai qu’il doit aussi canaliser cette masse d’énergie !

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Interview : J. Bouthet et N. Guérard

Photos : S. Welfringer & A. Vaissière

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