20.03.2019

Wadeck Gorak l'interview

À l’aube de la finale du Freeride World Tour 2019 à Verbier sur le mythique Bec des Rosses, Wadeck Gorak revient sur sa première saison parmi l’élite du Freeride mondial.

Ça fait quoi d’être sur le Freeride World Tour ?

C’est un accomplissement de carrière, déjà, d’être sur le Freeride World Tour. C’est un moment à vivre qui est juste magique. Faire partie des 20 meilleurs skieurs mondiaux c’était un rêve de gamin. Réussir à me battre avec eux et montrer que j’ai ma place, c’est plaisant et agréable.

Jusqu’ici, qu’est-ce que tu penses de ta saison ?

La saison a été pleine de mouvement. Compliquée pour moi physiquement puisque j’ai commencé avec une cheville vraiment difficile à gérer et de grosses douleurs qui m’ont empêché de skier vraiment comme je le voulais. Mais bon, j’ai réussi à limiter la casse avec un 1er top 10.
2ème compét’, en plus de la cheville j’ai été malade : une grippe et une gastro donc pas énormément de chance physiquement.
Et puis là, la dernière manche devait être un peu décisive dans la suite du world tour (ou pas) : il fallait que je fasse absolument un top 5. Je commençais à aller un peu mieux donc j’ai pu montrer un petit peu de quoi j’étais capable et enfin skier comme j’avais vraiment envie de le faire.
J’atteins l’objectif de réaliser mon premier top 5 et je pense que ce n’est que le début donc c’est encourageant pour la suite.

«J’atteins l’objectif de réaliser mon premier top 5.»
Skieur
 

 

Ta blessure t’a beaucoup gêné pendant ta prépa ?

Elle m’a gênée dans ma préparation physique car on a quand même fait 6 mois de prép’, tout l’été, et c’est à la fin de la préparation que je me suis blessé à la cheville en jouant au tennis. Donc oui, ça m’a dérangé dans l’entrainement pré-compétition. Décembre et janvier sont les mois où j’aurais dû être à fond et mettre en application tout ce que j’avais produit en été-automne et je n’ai pas pu le faire. J’ai du juste skier, glisser au minimum car c’est le seul truc que la cheville me permettait de faire. C’était donc très compliqué d’arriver sur des compétitions sans avoir skié et engagé, et donc sans voir ce dont j’étais capable.

Et sur les épreuves ?

Heureusement qu’il y a l’adrénaline qui fait son job et nous permet d’occulter un peu les douleurs, même si clairement on ne peut pas être à 100% et faire ce qu’il faut. J’ai eu la chance d’avoir limité les effets sur mon mental. J’ai réussi à gérer grâce au mental et à ma prépa physique qui m’a permis de compenser un peu sur le reste. Mais c’est vrai que ce n’était pas optimal pour être sur le devant de la scène.

T’as pu faire les runs que tu voulais ?

Sur la 1ère étape j’ai vraiment fait le run que je voulais. C’était mon objectif de faire un top 10 et je l’ai atteint.
Sur le 2ème pas du tout, c’était à Fieberbrunn en Autriche. C’était la plus compliquée pour moi : arrivé à la moitié de la face j’étais tellement épuisé physiquement, en plus du mal de cheville, que je n’avais qu’une envie, c’était de m’asseoir. Toute la 2ème partie du run où j’avais prévu pas mal de choses, j’ai été incapable de les faire et j’ai préféré, avec le recul, faire quelque chose d’intelligent c’est-à-dire descendre sans prendre de risques et assurer un 2ème top 10. Mais c’est vrai que de me voir skier comme ça sur les replays, c’est quelque chose d’assez frustrant. Ce n’est pas moi, j’ai l’impression d’avoir 15 ans et d’être débutant…

C’est qui le/la rider la + cool du circuit ?

J’ai fait beaucoup de belles rencontres, des gens vraiment bien et j’aurais du mal à choisir qui est le plus cool. Ce serait injuste pour les autres je pense. C’est une belle famille en tout cas que j’ai rencontré et avec qui j’espère faire un bout de chemin encore long. Il y a beaucoup de belles personnes, c’est que des bonnes surprises.

Et la moins cool ?

Il y a des moins cools mais ça reste quand même des bonnes personnes. Personne ne mérite d’avoir le statut de mauvaise personne sur le tour, en tout cas pour moi !

T’es qualifié pour Verbier. Tu penses quoi du Bec des Rosses ? Ça fait peur ?

Être sur le FWT c’était déjà un rêve. Si j’avais dû choisir entre faire le FWT ou faire que le Bec des Rosses, j’aurais pu choisir que le Bec des Rosses. C’est la compétition légendaire du freeride depuis je ne sais même pas combien de temps. J’ai des souvenirs comme Séb’ Michaud avec un back de 20m. Ce sont ces choses-là qui m’ont donné envie de faire ce sport et de faire cette carrière-là. Je n’ai même pas de mots pour décrire vraiment ce que j’en pense mais c’est magique de pouvoir être là-bas et de représenter la France sur le FWT sur cette finale.
Après, est-ce que la face fait peur ? De ce qu’en disent les gens et dans les reportages que j’ai pu voir, les gens disent que c’est la compétition qui fait le plus peur. La face est longue même si on ne s’en rend pas forcément compte sur les photos. Elle est longue et elle est raide.

Photo de montagne enneigée
Photo de montagne enneigée

La montagne j’en fait, la pente je connais donc je ne pense pas que ce soit ça qui me gêne vraiment. Mais c’est vrai que quand on voit les retours de certaines personnes, ça a l’air de faire un peu plus peur et être plus impressionnant que le reste. Mais bon, on verra comment ça se passe : je vous dis ça maintenant mais peut-être que dans une semaine je dirai : c’est vrai que ça fait peur ! C’est surtout la longueur de la pente et c’est très vaste. Il y a énormément de passages, c’est peut-être un peu labyrinthe, c’est ça qui peut faire peur. Se perdre là-dedans ça ne doit pas être cool donc il va falloir faire un bon repérage et un bon travail.

T’as déjà skié cette face ?

Jamais ! C’est une surprise…

Skieur
Skieur
«C’est l’hiver où j’ai le moins skié depuis 10 ans.»
Wadeck Gorak en ski de randonnée
 

 

2 fois 10ème, 1 fois 5ème… C’est quoi l’objectif pour la finale ?

Clairement c’est le podium, voire la gagne ! Ça ne me dérangerait pas de tomber tant que j’aurai réussi à faire ce que je voulais. Me louper sur un run très exigeant pour voir si je suis capable d’aller sur le podium et d’attaquer ces 1ères places. Là je vais commencer à bosser pour l’année prochaine. On ne va pas se cacher, je suis 11ème pour l’instant et vais peut-être finir dans les 10. L’année prochaine il faudra attaquer le titre et on verra comment ça se passe !

Après Verbier c’est quoi le programme ?

Après Verbier, je vais skier un petit peu pour moi. L’hiver aura été intense entre les moments où je n’ai pas pu skier et les moments de compétitions, les attentes, etc. C’est l’hiver où j’ai le moins skié depuis 10 ans donc c’est un peu moins agréable à vivre sur le coup même si c’est que du bonheur dans l’autre sens. J’ai envie de faire un peu de montagne et de prendre juste du plaisir à me balader en montagne avec mes potes. Ce sera la 1ère chose.
Après, j’organise une compétition qui va me prendre pas mal de temps aussi. Je dois finir mon B.E. (brevet d’état) fin avril et après je pense couper un petit mois en mai. De vraies vacances, jouer un peu au golf pour essayer d’évacuer toute cette pression et toutes ces émotions de l’hiver avant de repartir sur un été de ski, mais je ne sais pas encore exactement où, c’est en programmation pour l’instant !