28.06.2021

Louis Laurent,
une relation inscrite dans le granit

Passionné par l’exploration alpine à mains nues, Louis Laurent est un esthète des belles lignes d’escalade, surtout lorsque personne n’a eu l’idée de s’y attaquer auparavant. Entre piolet et carnet de dessin, nous sommes allés le questionner sur son métier à la Compagnie des Guides de Chamonix et sur la relation, souvent singulière, qu’il entretient avec ses clients, dont Thierry, fidèle second de cordée depuis 10 ans. Bienvenue sur ce premier article de HI(GH)STORY, en grande voie.

D’UNE GRANDE CAPITALE AUX GRANDES COURSES

Voilà 17 ans que Thierry, 40 ans, vit à Londres et que sa vie de citadin est rythmée par des séjours réguliers à Chamonix. Deux fois par an, cet analyste financier troque la chemise pour le baudrier et délaisse le fourmillement de la « City » pour la rugosité du granit chamoniard. A chaque fois, le rituel est le même, c’est vers Louis Laurent, titulaire à la Compagnie des guides de Chamonix, que se tourne Thierry. Une relation qui s’est forgée depuis plus de dix ans, allant bien au-delà du « simple » rapport guide-client.

La passion de la montagne a attrapé Thierry en 2005, lors d’un stage « Premier 4000m ». Des grandes classiques alpines aux « grandes voies engagées », sa pratique a largement évolué pour se concentrer aujourd’hui, principalement, sur la grimpe estivale version sportive ! Une passion qu’il partage avec son mentor, Louis, avec qui il continue de créer des centaines de souvenirs au gré de leurs pérégrinations.

LOUIS LAURENT, GUIDE ET ARTISTE SUR LE FIL

À la Compagnie des Guides de Chamonix, dont Millet est partenaire depuis 2010, Louis est un artiste ; un artiste au sens noble du terme. En effet, en plus de sa dextérité sur le rocher, de sa casquette de responsable de la formation préparatoire de l’examen d’entrée au métier de guide à la Compagnie, et de sa conséquente liste d’ouvertures, Louis aime dessiner… des topos de voie ! Il griffonne au relais en assurant ses clients, puis de retour à la maison, il esquisse le fil de ses courses en montagne ; enfin il peaufine tout cela pour les faire éditer. Un artiste dans l’âme, mais pas que...

Après douze ans d’activité en tant que guide de haute-montagne, Louis Laurent est avant tout un guide en recherche d’aventures, mais seulement lorsqu’elles s’écrivent avec un grand « A ». C’est même pour cette raison qu’il a choisi de s’orienter vers des courses techniques et l’exploration de nouveaux terrains. « Ouvrir parfois de nouvelles voies, notamment avec un deuxième guide et un client, est une sensation grisante ».

Pour autant, ce choix de vie, ce métier, n’est pas doux, pour reprendre ses mots. Un guide ne peut se reposer sur ses acquis, surtout dans ce type de course et d’entreprise. « Une progression perpétuelle est exigée, tant l’engagement est permanent » confie Louis.

L’engagement est aussi plus important qu’ailleurs : le Mont Blanc en hiver c’est loin, isolé de tout. Seul le petit bivouac Eccles, perché entre les deux versants sud, offre un abri.

Pour conserver cette passion de la profession, cet Auvergnat résident depuis dix ans à Vallorcine avoue être en recherche d’une certaine alchimie entre les membres de la cordée. « Lorsqu’elle opère, le métier devient alors une partie de plaisir en montagne entre amis ». Les grandes voies et courses engagées qu’il aime parcourir avec ses clients, impliquent un engagement réciproque. « À titre d’exemple, j’attends de mes clients qu’ils se préparent sérieusement, c’est une marque d’engagement importante, ainsi on peut se partager les tâches et surtout nous donner toutes les chances de réussir dans notre projet. Cette cordée, formée le temps d’une course, devient alors un partage d’émotions, où les artifices n’ont plus leur place ».

Ce qu’il recherche réellement ? « Être dans le vrai ». C’est d’ailleurs certainement la raison qui le pousse à éviter de nombreuses choses qu’il considère superflues dans sa vie quotidienne, comme les réseaux sociaux…

J’attends de mes clients
qu’ils se préparent sérieusement,
c’est une marque
d’engagement importante.

UNE DÉCENNIE DE SOUVENIRS ENCORDÉS

Après dix ans de cordée commune, Thierry abonde dans ce sens de l’engagement réciproque. À ce titre, il qualifie la relation avec son guide de super travail d’équipe. « Le client repose sur le guide, mais le guide repose aussi sur le client. Lorsque l’on arrive sur des courses engagées, la relation client-guide se transforme en amitié. Mais en tant que client, on est parfois sous tension ». C’est une situation qu’il faut savoir gérer pour les deux parties. Louis reconnait d’ailleurs que « c’est un gros travail à faire, dans le métier de guide, que de savoir gérer la manière d’exprimer les choses ». Malgré cet aspect relatif à la psychologie humaine, lorsqu’on les questionne indépendamment sur leur meilleur souvenir en montagne, tous deux citent le Piz Badil, voie Cassin, dans les Dolomites. Preuve en est que le binôme est sur la même cordée !

D’un niveau débutant en 2005, Thierry s’est depuis entrainé durement en salle d’escalade, à Londres, jusqu’à atteindre le niveau requis pour les courses dont il rêvait. « À la base de nos périples, nous nous sommes appuyés sur Les 100 plus belles de Rébuffat (un classique de la littérature montagnarde, NLDR). Puis, au fur et à mesure des années, mon niveau en grimpe s’est amélioré. Nous avons notamment effectué ensemble l’arête Nord-Ouest des Grands Charmoz et une dizaine des Aiguilles de Chamonix ».

Louis confirme : « Découvrir de nouveaux itinéraires ensemble, c’est l’une de nos forces avec Thierry. C’est très stimulant ». Et Thierry, de renchérir : « la cordée permet d’aller explorer les choses quand on ne connait pas. Dans les grandes voies, lorsque le premier de cordée chemine à travers les dièdres, vires et autres surplombs, cette corde qui nous relie devient également symbolique en m’indiquant le chemin à suivre ».

Voilà une cordée qui semble sérieusement attachée pour encore de nombreuses explorations en milieu minéral. L’histoire d’une relation client-guide qui s’est créée ses souvenirs et expériences au fil des années. Finalement, une histoire humaine comme bien d’autres à la compagnie des guides de Chamonix. Mais à coup sûr, une histoire unique, dont seule la montagne a les secrets !