Ski de randonnee
Expedition
05.04.2016

Mars, synonyme de Grands Espaces

Jean Annequin, Guide de Haute Montagne et professeur à l’ENSA, ne s’ennuie jamais. Les montagnes et manteaux neigeux du monde entier sont ses alliés. Pour le troisième mois de l’année, il nous livre une visite guidée à skis des pays qu’il a parcourus.

Albanie, Grèce, Kosovo, Autriche, Kirghizistan en quelques semaines seulement, c’est possible avec Jean Annequin !

ALBANIE ET GRECE

« La première idée était d'aller skier dans les Picos d'Europa en Espagne. Mais cette année il n'y a pas un gramme de neige en cordillère Cantabrique.
Après avoir tourné dans tous les sens la carte européenne pour savoir où il y a de la neige, mon choix se porte sur le Sud de l'Albanie et la frontière Grecque. Mon ami albanais Gent me propose d'aller explorer les sommets à la frontière entre l'Albanie et la Macédoine puis de basculer sur le versant Grec de ces montagnes.
Mais en arrivant à Tirana le 6 février la neige s'est envolée. L'altitude où l'on peut chausser les skis est haute. Quelle misère !!! Nous prenons la décision de nous arrêter pour une courte nuit à Girokaster. Et de profiter de ces quelques heures de repos dans le trajet pour nous connecter en wifi et trouver les accès routiers les plus hauts en altitude sur les montagnes de Smolikas en Grèce.
Chance ou fin feeling ... le lendemain après un départ à 4h de Girokaster et un franchissement de frontière un peu glauque, Gent trouve la bonne piste qui nous mène à la neige. La classe. Le parcours en ski est très beau à travers les combes et les forêts de pins. Quelle surprise nous avons quand 2 grecs nous rattrapent avant le sommet.

jean annequin en albanie
 
Jean Annequin en Albanie
 
Jean Annequin en Albanie
 
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Le soir nous transitons sur le Mont Olympe. En arrivant tard dans le village d'Agios Dimitrios nous avons peu d'infos sur les accès à la neige. Finalement grâce à un coup de téléphone à mon ami grec Nikos vivant à Innsbruck, nous faisons le choix de tenter le sommet versant sud.

Le lendemain, après un portage d'une demi-heure, nous retrouvons la neige. La suite est une journée parfaite. Les sommets du mont Olympe se laissent gravir doucement à travers de larges combes. Pour la descente je fais le choix de suivre un canyon enneigé qui nous mène à 10mn de la voiture.
Pour le jour suivant les infos de Nikos étaient trop vagues et difficiles à suivre pour trouver les pistes menant au versant Nord-Ouest. Sa recommandation était de prendre un guide local. Ce que je fis. Bien m'en pris. Hormis de nous indiquer la piste pour rejoindre le bon vallon, il ne fut d'aucune utilité sur le terrain. Voir même dangereux. Au retour j'oublierai vite son nom pour ne surtout pas le recommander.
Pour les jours suivants Gent me proposa de rejoindre les montagnes du Kosovo. A la frontière avec la Macédoine s'étend une petite chaine de montagne vraiment adaptée au ski de randonnée. La neige est bien présente. Et pour moi ce fut une belle opportunité de découvrir ces montagnes car le soir avec Gent en fouillant sur Google Earth nous avons pu trouver la possibilité de faire un raid dans le futur d'une semaine à travers ces montagnes en passant de village en village. »

 

UNE PARENTHESE DANS LES ALPES

Et puis c’est l’heure de partir pour une semaine de ski bien différente des autres jusque-là :


« Pas moins bien. Pas mieux non plus. Juste différente. Et surtout extrêmement intense.
Entamée en 2009 au col de Tende notre traversée des Alpes tente à rejoindre Vienne en une quinzaine d'années. La notion de temps est importante. Ne pas aller trop vite vers le but risquerait d'éteindre toutes les émotions vécues au fil des années.

Jean Annequin en direction pour l'Autriche
 
Jean Annequin en direction pour l'Autriche
 
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Alors on se ballade pour découvrir les plus beaux sommets et les plus belles vallées. On invente des chemins de traverses. Cette année l'idée était de rejoindre les portes de l'Autriche. Une traversée de l'Engadine avec comme choix de partir tôt en saison pour fuir le monde. La semaine fut complexe au niveau neige et météo. Chaque journée a apporté son lot d’errance dans le mauvais temps, ses doutes sur la neige, ses renoncements, ses engagements pour découvrir des vallées et pentes uniques. 
Au final une belle aventure qui nous rapproche de Vienne.  Commencée il y a 8 ans au bord de la mer méditerranée, l’idée est d’aller écouter un opéra à Vienne en Autriche en traversant les plus belles montagnes de l’arc alpin en ski. »

 

LES MONTAGNES DU KIRGHIZISTAN

 Et pour finir en beauté, c’est en Asie centrale que Jean Annequin a posé ses spatules. Focus :

« Qui connait les montagnes du Kirghizistan ?
Quelques grimpeurs férus du granit du Pamir Alaï. Quelques coureurs de sommets « bâtons télescopiques » à 7000m comme sur le pic Lenine. Surement aussi beaucoup de nostalgiques de la grande époque de la route de la soie rêvant de parcourir au galop cheveux au vent les steppes immenses dormant dans des caravansérails 5 étoiles ou l’eau courante à 38° aurait remplacé le misérable puits et la rivière glacée. Surement aussi quelques érudits de l’alpinisme Russes et leurs exploits sur le Khan Tengri. 

Jean Annequin au Kirghizistan
 
Jean Annequin au Kirghizistan
 
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Mais quel skieur connait les neiges Kirghizes ? 
Avant le voyage de l’année dernière je n’avais qu’une image rétrécie de ce pays. En 1996 j’ai traversé ces terres pour rejoindre la Chine et le Mustag Ata par la ville incroyable de Kachgar. Immenses steppes, hordes de chevaux semblant être sauvages, sont les seules images que je garde de ces longues journées de transit.  

Mais en hiver à quoi ressemble ce pays si continental ? 
Un premier voyage l’année dernière m’a permis de me rendre compte de l’immensité des possibilités à ski. Ici tout est montagne. Le nombre de massifs est infini. La neige recouvre tous les pics et les fonds de vallée. 
Lors de ce premier voyage nous étions allés dans la vallée de Suusamyr et le massif d’Arslanbob. Cette année j’ai voulu partir plus à l’Est et découvrir les profondes vallées au sud du lac Karakol en nous basant dans un camp de yourtes. 

Jean Annequin au Kirghizistan
 
Jean Annequin au Kirghizistan
 
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 Comme à l’image de ce pays le voyage fut grandiose. Mélange de surprise et d’enchantement. Découverte de personnes hautes en couleurs par leurs accueils.  Le ski fut engagé. La neige est complexe.  Venir skier dans ces terres aussi continentales c’est aimer les neiges froides mais c’est aussi accepter de s’adapter aux contraintes de l’instabilité du manteau neigeux.  Constitué essentiellement de gobelet et de face plane sur parfois un mètre d’épaisseur, le doute est souvent présent. Alors on adapte les itinéraires.  


Demain je reviendrai surement pour continuer à explorer ces vallées ski au pied car ce pays est vraiment attachant. »