02.10.2020

Milano expresso

En Italie plus qu’ailleurs, un expresso est court, corsé et intense. Un peu comme ce climbing trip de quatre jours. À la place du percolateur, un van dans lequel se sont entassés quatre grimpeurs, un photographe, un vidéaste, des cordes, du matériel d’escalade, des crashpads et de nombreux sacs.

Après avoir reconstitué l’équipe entre la gare d’Annecy, l’aéroport de Lyon et Chambéry, nous mettons le cap vers la Lombardie et la capitale mondiale de la mode et du design - mais là n’était pas notre motivation première. Depuis Milan, avec un brin de motivation, il est facile d’explorer différentes facettes de l’escalade : arquer les prises sur les blocs de granite du Val di Mello ou mettre à l’œuvre ses techniques de coincement dans les magnifiques fissures de Cadarese, au pied du Col Simplon. Aménagez un temps de repos pour explorer Milan, ses joyaux d’architecture ou ses quartiers hipsters. Pour les plus mordus de grimpe, nous conseillons une séance de fin de journée dans l’imposante salle Urban Wall. Mur, bloc, monkey cage, rien ne manque et la cantine à elle seule vaut le détour.

La squadra

Nils, Tito, Nailé et Vivi sont les ‘’heureux grimpeurs’’ constituant notre équipe pour ces quatre jours d’escalade. Derrière l’appareil photo, c’est l’œil de l’inépuisable Matt Georges qui a saisi et figé ces instants de grimpe. Grimper pour un photoshoot nécessite une sacrée dose de patience, de justesse et d’agilité. Réaliser un mouvement difficile est une chose…Être capable de le répéter sur demande à l’instant précis où le rayon de soleil magnifie la scène, puis le répéter jusqu’à épuisement (du grimpeur ou du photographe) en est une autre. À ce petit jeu, nos quatre grimpeurs ont été plus qu’efficaces...

À l’assaut
du Val di Mello

L’air du fond de vallée est frais mais raisonnable pour un matin d’octobre. Après avoir ingurgité un expresso, nous nous activons autour d’un premier bloc d’échauffement. La lumière rasante du matin offre une belle ambiance qui réjouit Matt. C’est parti, Tito et Nailé enchainent les blocs faciles, le bip de la mise au point de l’appareil photo rythmant la séance. Nils repère un bloc avec plus d’ampleur à proximité. Chacun fait son essai pour finalement enchainer les mouvements et sortir au sommet de cet imposant morceau de montagne.
Ce spot d’escalade de renommé international a été mis en lumière grâce au regretté Mellobloco, l’incontournable rassemblement d’escalade qui transformait tous les ans le Val di Mello en Mecque de l’escalade, le temps d’un weekend. Ici, l’escalade est variée, sur le fond comme sur la forme. On trouve des blocs de tout niveau, mais également des voies et une falaise école. Des grimpeurs débutants, des groupes d’enfants, des anciens et des pointures de l’escalade moderne se côtoient et s’encouragent. L’ambiance est bonne, l’escalade est belle.

Des grimpeurs débutants,
des groupes d’enfants,
des anciens et des pointures
de l’escalade moderne
se côtoient et s’encouragent.

Escalade traditionnelle

Le trad ou l’escalade «traditionnelle» (de l’anglais trad[itional] climbing) est un style d’escalade associant l’escalade libre et l’usage exclusif de protections amovibles. Chère à nos amis Anglo-Saxons, cette approche de l’escalade dite « propre » laisse le rocher vierge de tout équipement. On ne perce aucun trou pour y fixer des ancrages à demeure. L’engagement du grimpeur y est plus intense, il doit lui-même poser ses coinceurs et évoluer en ayant confiance dans ses protections qui le retiendront en cas de chute. La nature a fait des falaises des Cadarese un spot idéal pour le « trad climbing ». Une succession de fissures parfaites pour accueillir ces fameux coinceurs rayent les imposantes faces de granite compact. Ici, l’atmosphère au pied de voies est marquée par la concentration des grimpeurs. Avant de s’élancer, on observe avec plus d’attention que d’habitude l’enchainement de mouvements à réaliser, mais surtout on définit son programme de protection : « rouge, bleu, jaune... » On mémorise et on range dans l’ordre sur son baudrier les coinceurs que nous allons utiliser et dont les tailles se distinguent par un code couleur.

Nils Favre est reconnu pour ses réalisations extrêmes en bloc. Depuis quelques temps, non content de s’ouvrir au monde de la compétition avec l’équipe suisse de bloc, il tourne également son regard sur des projets en montagne. Il a ainsi récemment gravi la magnifique voie La Darbellay cotée 8A trad, au Petit Clocher du Portalet. Il était donc plus que motivé pour se frotter à quelques lignes de Cadarese. Nailé et Tito, qui découvraient cet univers, ont humblement choisi de grimper des itinéraires dont la cotation peut sembler faible sur le topo, mais qui nécessite déjà de faire preuve de sang-froid. En trad plus qu’ailleurs, la chute fait peur et chacun cherche à garder une marge vis-à-vis de son niveau de grimpe... En entendant le cri de des grimpeurs en train de chuter sur une voie à proximité, on ressent bien la tension présente. Un cri de peur mais aussi de libération. Accepter de chuter au-dessus de son coinceur, c’est prendre confiance en ses protections, c’est rentrer dans le monde de l’escalade traditionnelle.

La nature a faiT
des falaises des Cadarese
un spot idéal pour
le « trad climbing ».

Où irons-nous grimper la prochaine fois ?

Retour dans notre van, de moins en moins bien rangé, mais ressemblant de plus en plus à un van de grimpeur... Les discussions se font plus rares, la fatigue prend le dessus. On file le long des eaux du Lago di Como avant de s’aventurer dans les embouteillages, à l’approche de Milan.
Matt est satisfait des images qu’il a saisies, suspendu à sa corde fixe. Nils prépare son prochain trip vers Majorque depuis son iPhone. Nailé nous fait découvir sa playlist pendant que Tito craint que les embouteillages ne lui fassent rater son vol retour. Puis revient l’éternelle question de tout fin de trip d’escalade : où irons-nous grimper la prochaine fois ? Sûrement le signe que ce voyage espresso a enchanté toute l’équipe.

Texte : Guillaume Desmurs
Photos: Matt Georges