16.11.2020

Catch me if you can

A 28 ans, l’alpiniste autrichien incarne le fast & light, apportant sa fougueuse touche à une pratique de l’alpinisme médiatisée par Kilian Jornet ou Ueli Steck. Philipp Brugger adore aller voir là-bas s’il y est. Essayons de le suivre un moment…

« Attrape moi si tu peux… ». Les parents, enseignants et proches de ce petit blond fougueux ont pourtant bien essayé, il y a vingt ans. « J'avais un caractère difficile ! », reconnait-il. Pas fan de l'école et plutôt remuant, « n'ayez pas peur de le dire : hyperactif ! », les heures passées à faire du sport autour de la maison dans sa petite ville tyrolienne de Hall, à quelques kilomètres d'Innsbruck, les matchs de foot ou ses compétitions de ski en hiver étaient à peine suffisantes pour le canaliser. « J'avais déjà ce rapport à la montagne quasi viscéral et je courais des heures pour l'arpenter en long et en large. »

«L'initiation
entre insouciance
et experiences
»

C'est donc sur les pistes, puis chaussures de trail aux pieds, que Philipp a commencé à toucher du doigt la compétition, la performance et l'envie de se surpasser. « Personne dans ma famille n’était grimpeur ou même alpiniste, ce n'était pas notre univers. » Sauf qu'étant un peu tête brûlée sur les bords et « sans savoir utiliser une broche à glace », le gamin de Hall se lance dans des sorties de ski-alpinisme et des sessions de ski de pente raide dont il se souvient avec malice. Une période d'insouciance où il ira même se frotter à la pente Est du Mont Rose « avec des skis de racing. Sûrement les plus gros risques que j'ai pu prendre dans ma vie. »

La coupure de six mois de service militaire obligatoire viendra comme un épisode salutaire, où il aura la chance de s'initier plus sérieusement cette fois à l’alpinisme. « Ça y est, j'étais accroc ! » À peine un an plus tard, il s'offre la face Nord de l'Eiger en 10 heures. Puis en une poignée d'années seulement, l'affaire est dans le sac (light évidemment) : records de vitesse d'ascension (Großglockner, Piz Bernina, Hochferner face nord, Zwölferkogel face nord), premières ascensions des faces Nord et Est (solo) du Lüsener Fernerkogel, un défi l'été dernier avec de nouvelles voies au cœur du Karakoram (Pakistan), agrémentées de vertical races et autres courses de ski-alpinisme.

« Le fast & light,
l'avenir
de l'alpinisme »

L'homme est aussi et surtout talentueux en mode fast & light. « Peut-être parce que je suis trop flemmard pour porter un sac à dos. » avance-t-il dans un éclat de rire. Impossible de ne pas faire le lien avec des Steck ou Jornet. « J'ai lu tous les livres d'Ueli et réalisé de belles courses avec Kilian. C'est inspirant de pratiquer avec lui et de comprendre son approche de la montagne. Nous n'avons clairement pas le même style, mais on appartient à cette même communauté. »

Engagé mais raisonné et rationnel, Philipp est aussi persuadé que le fast & light représente le meilleur joker sécurité : « C'est pour moi l'avenir de l'alpinisme, parce que c'est la seule façon d'être hyper flexible quelle que soit la situation... Plus vous allez vite, moins vous passez de temps sur la même zone et donc plus vous limitez les risques. » Une version de l'alpinisme qui colle aussi au personnage compétiteur et insatiable qu'il a toujours été. « J'aime courir, grimper, skier et atteindre le plus de sommets, le plus de faces possibles en une seule sortie. Me dire que je peux engloutir 5000 m de D+ dans la journée sans problème. J'aime avancer... Pas m'asseoir. » Pas vraiment une surprise maintenant qu'on commence à cerner le personnage.

L'alpiniste fourmille d'idées de projets d'ascension pour les prochaines années et envisage notamment de s'attaquer de nouveau au Karakoram en septembre prochain. Autant de nouveaux challenges que le jeune Autrichien relèvera avec Millet à ses côtés. « C'est LA marque de l'alpinisme pour moi. Elle est associée aux plus belles ascensions, de l'Annapurna aux Jorasses, en passant par l’Eiger... ».
Parce que ces innombrables heures passées en montagne 12 mois sur 12 en courant, grimpant ou skiant lui permettent d'éprouver comme jamais les équipements Millet, Philipp participe activement au développement de nouveaux produits. « Côté trail-running, comme en alpinisme fast & light, sur des projets de sacs ou de pantalons... Stay tuned ! » prévient-il. « J'espère que j'aurai toujours mes doigts de pieds et que toute ma famille sera en pleine santé », clin d'œil à une petite fille qui devait pointer son nez dans les jours suivants cet entretien. Un nouveau rôle à endosser et l'envie, pour une fois, de ne pas scruter le chrono dans cette « mission » où il s'enthousiasme déjà d'avoir tout à apprendre.

Texte : Mélanie Pontet