13.09.2021

Symon Welfringer ouvre deux voies en bigwalls au Groënland

Symon Weflringer, grimpeur du team Millet et ses compagnons de cordée, l’italien Matteo Della Bordella et le suisse Silvan Schüpbach ont ouvert deux « bigwalls » lors d’une expédition « by fair means » mêlant kayak et escalade au Groenland.

Récit : Symon Welfringer
Photos : Symon Welfringer, Matteo Della Bordella et Silvan Schüpbach

Direction le Mythic Circle !

Après les premières difficultés bureaucratiques, liées à la pandémie de la Covid-19, qui nous a bloqués pendant une semaine lors de notre escale en Islande, tout a fini par rentrer dans l’ordre.

Nous arrivons au village de Tasiilaq, notre point de départ et d'arrivée de ce long voyage au Groënland. Nos kayaks sont chargés avec tout le matériel de grimpe et tout le strict nécessaire pour 25 journées d’autonomie.
Direction le Mythic Cirque, une région reculée du Groënland où seules quelques expéditions se sont aventurées auparavant. Nous y ouvrons deux itinéraires d’ampleur, l’un sur un sommet complètement vierge et l’autre sur le Siren Tower, deux journées après nos amis belges Nicolas Favresse et Sean Villanueva O’Driscoll qui avaient déjà ouvert une autre ligne sur cette montagne.

L’entrainement en kayak lors des mois précédant l’expédition était essentielle pour pouvoir mener à bien ce voyage et ainsi boucler les 350 kilomètres aller-retour entre Tasiilaq et le Mythic Cirque.

En comparaison à une expédition classique d'escalade, nous avons eu un réel sentiment d’exploration en vivant sur un territoire où le paysage change constamment, jour après jour.

Nous avons réussi à garder
à garder une moyenne
de 40 kilomètres par jour,
soit entre 8 et 10 heures
par jour à pagayer !

Nous croisons par hasard Nicolas Favresse et Sean Villanueva O’Driscoll, eux aussi venus ouvrir de nouvelles voies

Siren Tower – “Forum” (840m, 21 longueurs, 7c max)

« Forum » est le nom de la nouvelle voie que nous avons ouverte sur ce magnifique sommet qu’est Siren Tower. Matteo, Silvan et moi-même sommes trois fortes personnalités : chaque décision sur que faire, où aller, comment nous organiser a toujours nécessité de grandes discussions. Au final, ces moments constructifs nous ont permis d'atteindre notre objectif, c'est pourquoi nous avons décidé d’appeler la voie « Forum ».

Au début de la voie, nous faisons face à de nombreuses inconnues. La partie centrale du mur semble très raide et les fissures paraissent discontinues sur 200/300 mètres, laissant présager des longueurs bien engagées et dures. Ces inquiétudes se sont avérées justifiées. Après avoir grimpé rapidement les premiers 200 mètres, nous avons buté sur la partie la plus raide du mur comprenant de nombreuses longueurs surplombantes. Cette section s'est avérée complètement démente, avec le strict minimum pour pouvoir grimper en libre à notre niveau.
Il nous aura fallu finalement six jours pour boucler l’ouverture et enchainer toutes les longueurs, en utilisant un style d’ouverture le plus pur possible à base uniquement de friends, coinceurs et pitons.

Paddle Wall – “La cène du renard » (450m, 7a)

Après cette belle ouverture suivie de quelques journées de pluies sous la tente à ruminer, nous décidons de partir explorer la région à la recherche d'autres objectifs intéressants. Après douze kilomètres en kayak, nous tombons sur un mur vierge qui parait très intéressant pour la grimpe en libre, le bien nommé « Paddle Wall ».
Nous y avons trouvé des longueurs vraiment magnifiques dans un rocher compact rayé de superbes fissures, une escalade qui se protégeait super bien et une descente confortable. Nous réussissons cette ouverture à la journée, cerise sur le gâteau avant d’entamer le retour en kayak.

En nommant cette voie “La cène du renard », nous avons voulu rendre un petit hommage à notre ami à quatre pattes qui, lors de notre séjour, nous a nonchalamment piqué et englouti un demi kilogramme de fromage suisse pendant notre sommeil.

La voie éclairée par le soleil de minuit

Petite réflexion sur cette expédition atypique au Groënland

J'ai passé un certain temps à chercher la traduction du mot "liberté" en langage Inuit, le Inuktitut et je n'ai rien trouvé. C'est bien simple, ce mot n'existe pas en Inuit, comme le mot "futur" par exemple. En revanche, il existe plus de 200 différents mots pour désigner le mot "neige".

Je trouve la linguistique assez fascinante, comment une langue reflète la culture d'un pays. Ces mots sont essentiels dans nos propres langues latines.
Mais les Inuits n'ont peut-être pas besoin de retranscrire ces idées par des mots, tellement elles sont naturelles et innées pour eux ?

Tout cela pour dire que je n'ai jamais eu une sensation de liberté aussi forte qu'en parcourant les fjords Groenlandais.

« Ces journées à pagayer
pendant des heures
m'ont montré à quelle point
la nature était puissante à
cet endroit.

Silvan, Matteo et Symon au sommet, contrat rempli !

Les paysages sont infinis, avec des montagnes à perte de vue et la mer qui rejoint le ciel à l'horizon. J'écris ces quelques mots pour que je me rende un peu plus compte de la chance que j'ai d'assister à des instants pareils, cette chance qui n'est pas donnée à tout le monde.