07.01.2020

Tengi Ragi Tau, trinité népalaise

Après quatre jours d’escalade à travers la face ouest du Tengi Ragi Tau au Népal, Symon Welfringer et son compagnon de cordée Silvan Schüpbach ont réussi à ouvrir un nouvel itinéraire en style alpin. Symon nous raconte cette magnifique ascension de 1500 m pendant laquelle ils ont gravi des passages de mixte de haute volée (M6, AI 5.)

Summit !! Après quatre jours d'escalade dans la face ouest du Tengi Ragi Tau, nous avons pu ouvrir la ligne de nos rêves. Une goulotte rectiligne bien technique qui sort directement au sommet Nord à 6 820 mètres. 1 500 mètres de grimpe avec des passages de mixte vraiment mythiques.

«Nous avons pu ouvrir la ligne de nos rêves»
 

 

Le 8 octobre, le suisse Silvan Schüpbach et les français Charles Noirot et moi-même établissons le camp de base à côté du Trakarding Glacier, à 4700 mètres d’altitude. Alors que nous nous acclimatons encore, nous observons la première ascension de la face Ouest du Tengi Ragi Tau par Tino Villanueva et Alan Rousseau, arrivés sur place avant nous.

Cette nouvelle oblige l’équipe à changer d’objectif au pied-levé. Heureusement, une autre ligne est visible et envisageable toujours sur la même face mais plus loin au nord. Ce sera celle-ci qui nous conduira au sommet Nord, à peine plus bas, mais tout aussi esthétique. L’escalade, en style alpin rapide et fluide, devra se faire en duo sans Charles Noirot, tombé malade à la fin de l’acclimatation. La montagne se défend, et lors de notre première tentative avec Silvan, nous devons battre en retraite à cause du vent et de la neige. Ce n’est que le 26 octobre que notre cordée parvient à poser ses crampons sur la face à proprement parler. Nous démarrons sans préambule par deux longueurs de glace raide, suivies de pentes de neige et glace jusqu’à 60 degrés. Nous visons une petite vire à 6100 mètres pour établir le premier camp. Toute la journée, le vent et les spindrifts (coulées de neige) qui coulent en continu depuis le haut de la face nous arrosent, sans pour autant refroidir notre motivation. Heureusement, le lendemain la météo est meilleure. Alors que la face se redresse encore pour offrir des longueurs de plus en plus techniques, l’air se raréfie. Notre duo ralentit le rythme et nous avons du mal à trouver un emplacement de bivouac correct. La nuit tombe quand nous nous jetons enfin dans la tente en prévision de l’assaut final.

Photo de montagne enneigée
Photo de montagne enneigée

Bien installé à 6450 mètres, le matériel de bivouac reste sur place et nous progressons le plus léger et rapide possible. La longueur la plus dure, mais aussi la plus belle, nous attend juste au-dessus du second bivouac. De la glace, du raide, du mixte technique et des ice flutes vont nous emmener jusqu’au sommet, à 6820 mètres selon l’altimètre. Le retour au bivouac devra se faire à la lueur des lampes frontales. Le quatrième jour se passe pendus aux nombreux rappels pour descendre les 1000 mètres restants jusqu’au camp de base. Notre cordée franco-hélvétique arrive saine et sauve sur le plancher des vaches, juste à temps pour sauter dans l’avion qui nous ramènera en Suisse pour l’un, et en France pour les autres.

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