05.07.2021

Yves Ancrenaz, une cordée sportive

Bien qu’étroitement lié au respect de la tradition montagnarde, le métier de guide de haute montagne ne restreint pas pour autant ses candidats à un profil conformiste et identique. A l’instar de ce terrain de jeu qui ne cesse d’évoluer, il existe de nombreux profils de guides et finalement autant de manières d’exercer ce métier. Qu’il/elle soit spécialiste de la cascade de glace, des raids à ski, des expéditions lointaines ou de l’escalade en grande voie, chaque guide façonne son métier selon ses envies. Yves Ancrenaz, ambassadeur Millet, a choisi une version « endurance » de son métier. Une étiquette qui a plu à Daniel Schafer, sportif en quête de dénivelé et d’expérience en milieu montagnard. Bienvenue dans ce troisième épisode de HI(GH)STORY !

UN PARCOURS LOGIQUE

Depuis la fenêtre de son salon, Yves Ancrenaz peut voir le Mont Blanc. Un décor de carte postale lorsqu’on contemple le sommet depuis son canapé, ou un appel au dépassement physique s’il vous vient l’idée de gravir le toit de l’Europe depuis son salon ! Entre ces deux choix, le cœur d’Yves ne balance plus. Guide de haute-montagne depuis 1993 à la Cie de Chamonix, et moniteur de ski l’hiver, ce natif de Haute-Savoie considère la montagne comme un terrain de jeu normal lorsque l’on grandit dans ce décor. L’évolution en milieu aérien et technique n’est finalement qu’une question de point de vue, selon ses dires. « J’ai, par exemple, emmené mon fils sur l’arête des Cosmiques lorsqu’il avait six ans. Ce qui peut paraitre inconscient pour certains est presque normal pour nous. Et c’est sûr qu’en démarrant à cet âge-là, il se familiarisera plus vite que d’autres à cet environnement. J’ai aussi baigné dans ce genre d’éducation » confie Yves.

En devenant membre de la Compagnie bi-centenaire, que Millet soutient depuis 2010, Yves s’est donné une forme d’obligation de résultat ; non pas sur la réussite de telle ou telle course, ce qui serait présomptueux ou dépendant de trop nombreux facteurs, mais sur l’envie que ses clients aient vécu un bon moment et aient envie de revenir.

« Il y a différentes phases dans la vie d’un guide. On ne peut pas être et avoir été » avoue modestement Yves. « Je ne suis pas un adepte des courses très engagées techniquement, mais au fil des années, je me suis un peu spécialisé dans les courses d’endurance ». C’est notamment sur ce type de courses que Daniel et Yves ont trouvé des atomes crochus.

LA MONTAGNE AU PAS DE COURSE

D’une initiation au ski de randonnée, pour laquelle Daniel et sa femme avaient sollicité la Cie des Guides de Chamonix, est née la rencontre avec Yves Ancrenaz. De cette première approche de la montagne hors domaines skiables suivront plusieurs journées aux activités variées : escalade en falaise, courses d’arête, courses de neige. Et très vite, le passé de Daniel refait surface. Ancien skieur alpin de niveau continental, puis VTTiste et coureur en montagne, ce Genevois de 50 ans cette année a envie d’utiliser ses grandes capacités physiques sur ce nouveau terrain de jeu. Avec Yves, ils commencent alors à accumuler les sorties en ski de randonnée, avec des journées à plus de 2500m de dénivelé positif, où Claudine, la compagne de Daniel, est souvent de la partie. Elle a, elle aussi, fait du sport à haut niveau, en triathlon…

« L’évolution du matériel permet d’aller plus loin et plus vite qu’avant » lâche Yves. « Mais ces clients, devenus des amis, m’ont aussi montré que le matériel ne fait pas tout et qu’il faut continuer à s’entrainer afin d’être en forme pour ce genre de journées rythmées ». Finalement, cette émulation réciproque amène Daniel et Yves à s’inscrire à des courses de ski-alpinisme ensemble. Des débuts sur quelques courses nationales en Suisse, le plaisir de courir à deux et la complémentarité de cette relation guide-client un peu originale leur donne envie de voir plus grand. La Pierra Menta, le Tour du Rutor, la Patrouille des Glaciers sont autant de compétitions, parmi les plus dures au monde, qu’ils ont depuis couru ensemble, parfois à plusieurs reprises et toujours dans le cadre d’une relation professionnelle.

Malgré cette notion de compétition, Daniel confie être avant tout motivé par le fait de « passer de belles journées en montagne », quelle que soit l’activité ou la météo. « C’est même la philosophie de notre cordée, si nous devions la résumer » confirme Yves. Et le guide de renchérir : « En montagne, tu peux trouver ce que tu as envie. Seule la peur ou la lassitude peuvent être des entraves ». De quoi lever quelques doutes quant à l’inépuisable réservoir d’expériences que peut délivrer la montagne, comme terrain de jeu.

J’ai appris énormément
aux côtés d’Yves.
Grâce à lui
j’ai pu acquérir
de l’autonomie
en montagne seul.

UN TERRAIN D’EXPRESSION SANS LIMITES

Le massif du Mont-Blanc a beau être un environnement sans nul autre pareil, aux possibilités quasi-infinies, la cordée Ancrenaz-Schafer s’est régulièrement aventurée hors de cette zone de « semi-confort ». Tous deux reconnaissent que le souvenir le plus fort qu’ils ont vécu en montage est, sans conteste, leur voyage au Chili. « Nous avions monté une petite expédition pour aller skier une quinzaine de volcans. C’est un souvenir très fort où le dépaysement et le sentiment d’être seuls au monde, skis aux pieds, sur des volcans en activité, reste solidement ancré dans nos mémoires » argumente Daniel. Mais si le terrain de jeu s’étend, que les envies d’aventure prennent le pas sur un quotidien (trop) normé, le guide n’oublie pas que « malgré une relation d’amitié, lorsque tu es en montagne, celui qui est à l’autre bout de la corde est un client ».

Leurs tribulations andines ou alpines les ont également régulièrement emmenés sur des courses estivales classiques, comme le Mont-Blanc, ou l’arête Mitteleghi, à l’Eiger. « Dès le premier pas, on est sur l’arête. C’est aérien tout du long. Une course magnifique » se rappelle Daniel. « C’est dans ce genre de course que l’on prend toute la dimension du terme cordée » poursuit-il. « Cette corde représente la sécurité, mais aussi la cristallisation de notre amitié. J’ai appris énormément aux côtés d’Yves. Grâce à lui j’ai pu acquérir de l’autonomie pour aller en montagne seul ». Emmener ses clients pour découvrir de nouveaux terrains d’expression et d’expérimentation, avant de les faire avancer vers l’autonomie. Ne serait-ce pas là une des missions premières du métier de guide ? Cette cordée aussi sportive que fidèle, semble apporter un bel élément de réponse.

Voilà une cordée qui semble sérieusement attachée pour encore de nombreuses explorations en milieu minéral. L’histoire d’une relation client-guide qui s’est créée ses souvenirs et expériences au fil des années. Finalement, une histoire humaine comme bien d’autres à la compagnie des guides de Chamonix. Mais à coup sûr, une histoire unique, dont seule la montagne a les secrets !

Ainsi se termine HI(GH)STORY, cette série de portraits « guides-clients ». Une histoire et des histoires à retrouver en images et en podcast, sur ce blog et nos réseaux sociaux. On vous donne rendez-vous sur La Plus Grande Cordée du Monde, les 10&11 juillet 2021, à Chamonix pour rencontrer Louis, Claude et Yves en vrai, sur une belle et grande cordée !